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ÉTATS-UNIS DE L’AMÉRIQUE DU NORD ,charcuterie des deux mondes. La période d’activité de cesétablissements dure six ou sept mois, de novembre enavril, ou en mai ; quelques-uns égorgent et préparent alorsjusqu’à douze mille porcs par jour. Cependant plusieurssont déjà à l’œuvre et nous obtenons aisément la permissionde visiter l’un des principaux, appartenant à MM. Murphyet G 10 . Le troupeau que nous venons de voir sortir desStock Yards est entré dans un enclos attenant à l’établisse-ment. Un couloir en pente conduit de l’enclos au premierétage, où se trouve la tuerie. Nous montons un escalier etnous voici dans un vaste atelier dont le plancher et les murssont tout imprégnés de matières animales, et où une âcreodeur de sang nous prend à la gorge. L’atelier est divisé endeux vastes compartiments, l’un plus élevé que l’autre dequelques marches. Nous les franchissons guidés par desgrognements désespérés qui partent d’un réduit carré con-struit en planches et en poutrelles de bois. Une douzaine deporcs viennent d’arriver par le couloir, non sans y être unpeu poussés, car ils ont de la méfiance ! Quelques-uns sontd’une taille monstrueuse'. La porte s’estrefermée sur eux. Unhomme est debout au milieu de cette troupe grouillante etgrognante. 11 tient à la main une courte mais solide chaînede fer dont un bout s’élargit de manière à former un grandœillet surmonté d’un crochet. Il enroule avec dextérité cettechaîne autour de la patte de derrière d’un des arrivants etil passe le crochet dans l’anneau d’une corde placée surune poulie. La corde monte son fardeau à une hauteur d’en-viron trois mètres à l’entrée d’un couloir au-dessus duquelest fixée une tringle en fer. C’est là que se tient le tueur, lecouteau à la main. Au moment où la victime se sent en-levée du sol, elle pousse un grognement effroyable enessayant de se débattre, mais dès qu’elle arrive en face ducouloir, la tête en bas, ce n’est plus qu’une masse inerte etsans voix. L’œillet de la chaîne glisse sur la tringle, l’animalsuspendu passe devant le tueur qui lui enfonce d’un mou-vement presque mécanique son couteau dans la gorge, unflot de sang jaillit et s’écoule sur le plancher en pente. —A un autre! — Une douzaine de corps pantelants défilent