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L' Amérique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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190 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,veaux débarqués campait sous le frêle abri de tentes impro-visées, souvent aussi en plein air. Ces tentes couvraienttout, grimpaient au sommet des collines, s’éparpillaient surleurs flancs, descendaient dans les vallées les plus fan-geuses, et lorsque arriva la saison pluvieuse, qui cette annéefut plus longue, plus rude et plus hâtive que de coutume,ces misérables demeures elles-mêmes devinrent presqueinhabitables au milieu des flaques d’eaux stagnantes etmiasmatiques qui les entouraient. Les apparences de ruestracées dans ce dédale se trouvèrent de même convertiesen bourbiers infects, réceptacles d’immondices et de débrisorganiques de tout genre, ou en véritables fondrières oùl’homme disparaissait souvent jusqu’à mi-corps. On com-prend quels ravages devaient exercer les maladies nées decette profonde insalubrité sur une population déjà affaiblie,tant par les fatigues du voyage que par les privations mul-tipliées de cette existence sans nom.

» Tels furent les commencements de San-Francisco . Quil’eût revu au bout de trois ou quatre ans seulement se seraitcertainement refusé à reconnaître, dans la ville monumentaleétalée sous ses yeux, l’informe amas de taudis encore pré-sent à son souvenir. Deux gravures, populaires dans lepays, résument ce progrès sous une forme saisissante. Lapremière reproduit l'aspect de 1849 ; on dirait le coup d’œilconfus et désordonné d’un vaste camp de bohémiens. Laseconde représente la ville de 1854 ; d’interminables ruessymétriquement alignées, où les voitures roulent sur unsolide plancher de sapin, en attendant un pavage définitif;d’imposantes et massives constructions ; une industrie pro-ductive, se révélant par les nombreuses cheminées d’usinesqui se dessinent aux limites de la cité ; partout la vie et le' mouvement. On croit voir l’œuvre de plusieurs générations.Malgré l’absence de toute direction, malgré les continuelssoucis d’une spéculation effrénée qui bouleversait toutes lesfortunes, une ville de 60000 âmes était sortie de terrecomme au coup de baguette d’une fée 1 .

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1. L'importation, qui n’était en 1849 que de 178 000 tonnes, montait à