ÉTATS-UNIS DE L’AMÉRIQUE DD NORD. 203
où était donné en même temps l’enseignement religieux,ont été fondées partout. Il y en a aujourd’hui dans tous lesvillages, et on en compte dix-sept dans la seule ville deRichmond 1 exclusivement affectées aux enfants nègres.Sous cette influence, leurs mœurs se sont régularisées, lesliens de famille ont repris leur empire, et le résultat de cettetransformation a été qu’aujourd’hui la population nègre sedéveloppe au contraire dans une proportion beaucoup plusrapide que la population blanche.
» L’expérience est donc faite, et les deux races peuventcoexister à l’état libre sur le même sol. Quant à leur apti-tude à recevoir l’instruction, il faut distinguer. Les enfantsnègres sont très précoces et très intelligents, et ils appren-nent beaucoup plus vite que les enfants blancs ; mais versl’âge de treize ou quatorze ans leur développement intel-lectuel semble s’arrêter, et il est rare qu’un nègre dépassela somme de connaissances qu’il a acquises à l’école pri-maire. Ils demeurent en quelque sorte enfants toute leur vie,impressionnables, mobiles, dépensiers, mais susceptiblesd’attachement et de reconnaissance. En résumé, si lesaptitudes des deux races sont loin d’être égales, la racenègre n’est pas non plus marquée à ce coin ineffaçable dedégradation morale et intellectuelle dont la population desvilles présente l’apparence. Elle se relève peu à peu de ladéchéance où elle a vécu, et, tout en demeurant toujoursinférieure à la race blanche, elle n’en deviendra pas moinspour le sud un élément précieux, et sera pour ces états, quin’ont jamais bénéficié du courant d’émigration, ce que la
1. Richmond , capitale de la Virginie, est située sur la rivière James, quicoule entre des rives sinueuses, bordée d’arbres et de champs cultivés, assezsemblable à l’Oise ou à la Seinê. M. d’Haussonville, qui la visita en iSSO, écrit :« l.a ville s'élève en étages au bord de la rivière. L’aspect n’en a rien qui soitparticulièrement original, et elle ne présente pas non plus cet air de prospé-rité et d’animation qui donne toujours un certain intérêt aux villes américaines.Il n’y a presque point de vaisseaux amarrés, au bord des quais ; le3 estacadesen bois tombent en ruine ; les rues qu’on aperçoit sont en mauvais état, le3maisons d’apparence assez misérable; point d’usines, rien qui décèle l’activitéet la vie, mais bien plutôt un aspect de pauvreté et de décadence. On sait quecette malheureuse ville de Richmond, autrefois si florissante, ne s’est pas encorerelevée des événements dont elle a été le théâtre, et de cette nuit terrible où,évacuée par les troupes du général Lee, elle fut occupée par celles du généralGrant, et sauvée de l’incendie par scs vainqueurs. »