ÉTATS-UNIS DE L’AMÉRIQUE DU NORD . 237
désœuvrés. Tout le monde, depuis le plus simple fidèle jus-qu’à l’évêque et jusqu’à l’apôtre, est occupé à des travauxmanuels...
» ... C’est un spectacle curieux et piquant d’intérêt quecelui d’une société si laborieuse et si sobre, si paisible et siréglée, quand on songe aux éléments divers dont elle estformée et aux classes d’où elle est généralement sortie. Il ya à Great Salt-Lake city , en faisant notre énumérationd’après l’importance numérique du contingent fourni parchaque nation, des Anglais, des Écossais, des Canadiens ,des Américains, des Danois , des Suédois, des Norvégiens,des Allemands, des Suisses, des Polonais, des Russes , desItaliens, des Français, des nègres, des Hindous, des Aus-traliens , des Chinois. Tous ces gens, nés dans des croyancesdifférentes et souvent opposées, élevés pour la plupartdans l’ignorance la plus crasse et dans des préjugés divers,ayant vécu, les uns dans la vertu, les autres dans l’indiffé-.ronce, le plus grand nombre, peut-être, dans un entierabandon aux instincts les plus grossiers ; tous ces gens dif-férant entre eux par le climat, le langage, les mœurs, leslois, la nationalité, les goûts, se sont rassemblés, se ras-semblent tous les jours pour vivre mieux que des frères,dans une harmonie parfaite, au milieu du continent améri-cain , où ils forment une nation nouvelle, indépendante,compacte et, par le fait, tout aussi peu soumise au gouver-nement des Etats-Unis qui lTiéberge qu’aux firmans duGrand-Turc 1 . » Jules Remy ,
Voyage au pays des Mormons, t. I er .
1. « Ces bibliques personnages ont fait de leur Terre-Promise, aride etinculle,» une Judée fertile; pour compléter l’illusion, ils s’intitulent gravement le Peuple» de Dieu, leur ville s’appelle Sion ; ce ruban moiré qui se déroule dans la vallée,» c’est le Jourdain ; le lac Salé est devenu la mer Morte pour ces saints des der-» niers jours ; enfin nous autres, nous sommes les Gentils... Sans écouter quelquesb Gentils haineux et timorés, nous avons parcouru le territoire de 1 Utah ; partout» ces honnêtes sectaires se montrent simples et hospitaliers; et nous n’avons» rapporté que le souvenir d’une excursion pittoresque a travers des défilés bor-b dés de collines verticales, des gorges remplies d’un chaos de roches changeantb à chaque détour... L. et G. Verbrugghe, Promenades et chasses dans l’Amé -» rique du Nord » (Paris , C. Lévy, in-13.)