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L' Amérique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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252 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

» complète des belles-lettres et des beaux-arts 1 . Vous êtes» jeunes, c’est-à-dire vous êtes des enfants, les futilités» vous amusent et vous ne pouvez comprendre ce qui est» grand et sérieux. Vous pillez notre littérature, mais vous» ne traduisez et n’imitez que ce qui en est faible ou mau-» vais ; nos grandes œuvres ne vous sont accessibles que» dans les éditions ad usum Delphini. Vous nous empruntez« nos acteurs, et vous en faites des saltimbanques; nos» cantatrices, et vous en faites des chanteuses de cafés-con-» certs. Yous montrez les tableaux de nos maîtres, comme» on montre chez nous les géants à la foire, en attirant la» foule au bruit du tambour et de la trompette. Yous vous» moquez de notre aristocratie, mais personne de nous ne» recherche le commerce des grands et la distinction avec» autant de fureur que vous. Vous rendez nos modes ridi-a cules en les exagérant : lorsque nous marchons sur de» hauts talons, il vous faut des échasses. Somme toute,» nous nous passerions beaucoup plus facilement de vous» que vous ne pourriez vous passer de nous, et vous ne» devriez pas oublier que tout ce que vous avez produit de» grand, vous l’avez fait avec les instruments que vous» nous avez empruntés. »

» Ces arguments ad hominem ne servent à rien, poursuit

le voyageur.L’Anglais ne manque jamais de relever le

gant que son cousin lui lance ; il se fait le champion de l’Eu-rope en général, de l’Angleterre en particulier. Il ne déco-lère pas, et, neuf fois sur dix, il n’emporte de son séjour enAmérique qu’un souvenir aigri par les discussions qui ont

1. Il ne faut pas prendre à la lettre les boutades excessives de l'étrangerfroissé dans son amour-propre : les Américains peuvent déjà citer avec uo or-gueil légitime les noms de Fenimore Cooper, d'Edgard Poë , de M œ * *Beecher Stowe parmi leurs romanciers; ceux de quatre grands historiens:Washington Irving, William Prescott , Georges Bancroft, John Motlev ; ceux dedeux grands philosophes et philanthropes : Emerson et Channing ; enfin l’il-lustre auteur à'Evatigélhte, le poète et romancier Longfellow , né en 1807, et quivient de mourir (avril iSSî). — Quant à îa.prêtcndue jeunesse des États-Unis,il ne faut pas oublier que les planteurs qui ont fait la révolution de 1775 étaientun vieux peuple dans un pays neuf. « L’Amérique , écrit M. Laboulaye, c'est

• l'Angleterre émigrée, mais laissant à la rive la royauté, la noblesse, l’Egliseb établie. C’est, dès le premier jour, la vieille race saxonne, patiente, robuste,» morale, élevée dans l’amour de la liberté et la pratique du libre gouverne*» ment. » ( L'Etat et ses limites, p. SOS.)