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passe derrière le marché présente tous les matins le spec-tacle le plus animé : des charrettes attelées de bœufs ou demules, des troupes d’ânes grotesquement bâtés, des cava-liers en grands chapeaux de paille sur de petits chevauxnerveux se frayent à grand’peine un passage au milieud’une population remuante de nègres et de gens de couleur.Des portefaix vigoureux vont et viennent avec des tonneaux,des paniers, des outres de peau de chèvre, des cages pleinesde poulets. Les négresses, drapées de cotonnades légères etde mouchoirs éclatants, se pressent et se croisent entumulte, balançant sur leur tête le panier de fruits ou delégumes qu’elles soutiennent quelquefois de leur bras arrondicomme l’anse d’une amphore. Les unes courent dans la foulesous leurs fardeaux en équilibre avec une souplesse de chatsauvage; les autres s’en vont à petits pas, les mains sur lahanche, se dandinant avec une nonchalance tout à fait gra-cieuse. Dans la cour meme du marché et tout le long dularge auvent qui l’entoure, des fruits, des fleurs, des herbes,des poteries, des cotonnades brillantes, des foulards de soierouge et jaune, des poissons, des coquillages, des tonneauxde salaisons et bien d’autres choses sont étalées par terreautour des marchands accroupis. Il y a des piles d’oranges,d’ananas, de melons, de noix de coco, de choux panachés,de jambons, de fromages dorés, des tas d’oignons et debananes, de mangos et d’ignames, de citrons et de pommesde terre répandus pêle-mêle à côté d’énormes bottes defleurs. L’esplanade est si encombrée qu’on marche presquesur les étalages et qu’on risque à chaque pas de tomber surune vieille négresse ou d’écraser un panier d’œufs. Lesacheteurs s’agitent et bourdonnent incessamment commeun essaim de mouches noires : on marchande, on gesticule,on dispute, on rit, on gazouille dans le patois si harmonieuxdes colonies. Les formes de langage dont se servent lesnègres sont également simples et enfantines dans tous lesidiomes que leur ont appris leurs maîtres. Quelle différencepourtant entre le grasseyement léger de cette langue mélo-dieuse toute pleine de voyelles et le nasillement insuppor-table des nègres de langue anglaise ! L’espagnol même, avec
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