318 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,son accentuation puissante et ses magnifiques terminaisonssonores, n’a pas dans la bouche des nègres le même charmeque le français créole. On croit sortir d’une basse-courpleine de canards et d’oies nasillardes pour entrer dans unevolière peuplée d’oiseaux chanteurs.
» Deux heures plus tard, les galeries du grand marchésont redevenues désertes ; à peine quelque nègre paresseuxy flâne en fumant son cigare ou dort dans un coin la têteappuyée sur son coude. C’est le moment de venir nous ypromener à l’abri du soleil en regardant à nos pieds lesuperbe panorama du golfe. Les toitures rouges des basquartiers de la ville se pressent au-dessous de nous dans undésordre anguleux et pittoresque ; les pignons pointus semêlent aux terrasses, les baraques de bois vermouluess’adossent aux solides constructions de pierre; des arbrestouffus, des plantes grimpantes, des cocotiers même y mêlentleur verdure. Plus bas, quinze ou vingt navires dormenttranquillement sur l’eau bleue. En face, quelques sommetspointus semblent boucher l’invisible passage qui conduit àla grande mer; à droite, la baie s’arrondit autour d’unfeston de collines verdoyantes où les têtes lointaines despalmiers se pressent comme un peuple innombrable. Enfin,au-dessus de cette riante lisière, s’allonge une chaîne demontagnes arides, aux flancs nus et brûlés, sillonnés deravines profondes qui serpentent en mille replis commesur le cône d’un volcan. Ce sont en effet des montagnesd’origine volcanique ; leur configuration seule l’atteste. Desbigarrures noires, jaunes, violacées et rougeâtres se mon-trent dans les âpres déchirures et les entonnoirs effondresdes anciens cratères. Ces formes rudes, ces couleurs som-bres, rendues encore plus brutales par la violence du soleil,tranchent puissamment sur le bleu du ciel et donnent à toutce brillant paysage un relief énergique et sévère. »