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L' Amérique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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324 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,une station commerciale importante par une simple décla-ration de franchise de droits. Cette ile était même restéedans mes souvenirs d’économiste comme un exemple pé-remptoire de ce que peut la liberté pour créer la richessenaturellement là où elle ne saurait exister : mais j’étais loinde m’attendre à un tableau riant sur une plage que je sup-posais ingrate et désolée. Quelle ne fut pas ma surprised’embrasser une enceinte circulaire d’un vert de mousse,au fond de laquelle se dressait une véritable cité orientale,distribuée et coloriée comme un décor ! L’entrée de la baieregarde le sud, ce qui nous avait forcés de faire le demi-tour de l’île pour y arriver, et la ville est adossée au nordcontre la montagne principale, du haut de laquelle on dé-couvre l’Atlantique et la roule que nous venions de parcou-rir. Qu’on imagine trois amphithéâtres de maisons étagéessur trois mamelons d’égale hauteur, réunis par une lignede toits rangés le long de la mer. Les maisons, blanches oujaunes, sans cheminées, étaient presque toutes entourées degaleries et uniformément couvertes de tuiles rouges. Despanaches de cocotiers semés çà et là mêlaient leur vert deprairie à ces couleurs vivantes. Au bas de la colline dedroite, où j’apercevais l’embarcadère, un petit fort surmontédu drapeau danois, — une croix blanche sur un fond rouge,— s’avançait dans la mer comme une sentinelle, munid’une batterie de canons à fleur d’eau. Ce fort contenait unegarnison de cent cinquante soldats commandés par un capi-taine, force plus que suffisante pour garder une possession

» pieds. Qu'on se figure, au milieu de tous ces colifichets, le visage de la né-■* * » gressc la plus accusée couvert d’une grosse couche de poudre de riz fixée à

* l’aide d'un corps gras ; qu’on se figure encore ce visage devenu ainsi blanc,» surmontant des épaules du noir le plus foncé, et l’on aura une faible idée» du luxe préféré des lionnes riches de la ville de Saint-Thomas... Ces dames,» ainsi agrémentées, vont se promener à la suite les unes des autres dans les» environs de la ville, tout comme au bois de Boulogne, et c’est plaisir de voir

# avec quel dédaigneux sourire elles répondent à l’humble salut du jeune dandy» peut être un peu moins poudré qu’elles, mais qui fait ressortir la noirceur de» son visage par un chapeau à haute forme vert pomme ou bleu turquoise, une» cravate amarante et d’énormes pendeloques en or. On dit souvent en Europe » que rien n’est choquant comme l’opulence sans goût. Cette phrase ne trouvey pas son application à Saint-Thomas. Quand le manque de goût est poussé» aussi loin, on ne peut pas se plaindre, tant on a ri. * (V. Meiqnan : AuxAntilles .)