» major particulierdu Président, ils étaient resplendissants dans» leurs habits à la française , écarlates, bleus ou verts; plus» écarlates, plus bleus et plus verts sous un soleil étince-» lant. Le peuple admirait sans réserve leurs culottes de» Casimir blanc et leurs bottes vernies, leurs sabres-empire» tout dorés, leurs tricornes galonnés, leurs panaches on-» doyants 1 2 . »
Saint-Tliomas
« Je savais, sur la foi des géographes, que Saint-Tho-mas n’était qu’un écueil aride dont le Danemark avait fait
1. « Le moins qu’on puisse être à Haïti , c'est d’être un monsieur, mais aussitout le monde est monsieur. II faut dire : M. le portefaix, M. Je pick-pocket,M. le bandit. Afin de prouver immédiatement à quel point les habitants de cetterépublique ont la manie des honneurs, j’apprendrai au lecteur que pour18000 hommes de troupe environ que possède Haïti , au moins sur le papier,il y a presque H 000 généraux, tant de division que de brigade. » (V. Meignan,Avx Antilles.)
RL Duvergier de Hauranne a observé à la Martinique la même vanité naïve.« Les nègres sont d’ordinaire d’une politesse extrême. Je remarquai avec éton-» nement que les enfants se donnaient entre eux du « Monsieur » et du « Made-» moiselle » tout comme les grandes personnes. Dans toutes les colonies fran-» çaises, les noirs sont les plus cérémonieux des hommes, et ils ne s’adressent la» parole qu’avec de grandes salutations. On raconte à ce sujet une anecdote plai-» santé. Quand le président d’Haiti, le général GefFrard , renversa le fameux em*« pereur Soulouque , un tambour devait donner le signal de l’insurrection. Le« moment venu, GefFrard lui cria : « Roulez, tambour. » Mais le nègre obstiné# lui répondit : « Moi pas rouler, si vous pas dire : Roulez, Monsieur tambour ! »
2. Saint-Thomas fait partie d’un petit archipel dont les principales jlcs sontSainte-Croix, Saint-Jean et Saint-Thomas. La France le posséda jusqu’en 1733et le vendit au Danemark pour 260 000 livres sterling (6 500 000 francs.). LesAnglais s’en emparèrent en 1801, et le restituèrent aux Danois en 1814. Lesiège du gouvernement est à Christianstadt, dans l’ile Sainte-Croix. Jadis, avantla navigation à vapeur, tous les bâtiments qui se rendaient d’Europe aux An-tilles touchaient à Saint-Thomas. île située au centre de l’archipel, port franc,où les corsaires vendaient leurs prises à bon marché. De là, la prospérité de laville, qui devint un des entrepôts les plus considérables de l’Amérique . La po-pulation de couleur, grâce à ces transactions actives, y devint de bonne heureintelligente, laborieuse, propre au commerce. Saint-Thomas fut la premièreaffranchie. Les anciens esclaves y continuèrent le commerce des blancs et s’en-richirent en vendant pour leur propre compte et à gros bénéfices du sucre, duriz, des fruits, des bœufs, du bois ; aujourd'hui ils étalent un véritable luxe, àl’instar de Paris . « Les femmes, dit M. Meignan, ne craignent pas d’adopter» les coupes de robes usitées l’année précédente dans le bigh-life parisien.
» Elles choisissent de préférence des étoffes vert clair, jaune serin ou rouge» écarlate, auxquelles elles ajoutent des agréments de différentes nuances, tou
» jours voyantes et peu appropriées les unes aux autres. Elles cachent leurs» cheveux crépus sous des perruques du blond le plus ardent, dont les boucles» viennent flotter sur leurs épaules décolletées, luisantes et de la teinte du» jais. Elles portent des bas de soie couleur de peau européenne, à jour, ce qui» produit sur leurs jambes un singulier arlequinage. Elles se coifTent des plus» excentriques chapeaux, ornés de plume de pie ou de paon menaçant le ciel,
» et attachés par des rubans écossais qui pendent par derrière jusqu’à leurs