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AMÉRIQUE CENTRALE. 30
dos nègres, abat les arbustes trop serrés et livre un étroitpassage hérissé d’épines : instruments, vivres et munitionsse transportent à dos d’homme; on avance pas à pas ; lesobservations sont fatigantes toujours, périlleuses souvent;elles se font dans l’eau, dans la vase ou sur des pentes pré-cipitées ; l’air ne circule point sous le dôme des feuillages,la chaleur est humide et lourde ; les jours sont brûlants, lesnuits sans fraîcheur. Les serpents, le$ fauves, nul n’y songe;mais les insectes livrent à l’explorateur une bataille inces-sante : les plaies s’enveniment et deviennent plus doulou-reuses 1 . L’inquiétude s’empare des porteurs : la crainte desIndiens augmente chez eux, à mesure qu’ils s’enfoncentdans l’intérieur ; le chef doit calmer ces terreurs et fairetaire ses propres souffrances, pour soulager celles de sescompagnons ; il doit vaincre à la fois les hommes cl lanature.
» Les Européens redoutent généralement le climat do
1. U n'est pas uu voyageur qui n’ait maudit cent fois ce fléau des régionstropicales. Dans toutes les relations, il y a le chapitre des moustiques. M. FautMarcoy, dans une page spirituelle et vive, en retrace le cuisant souvenir :
« Cent pages de points d’exclamation, les interjections les plus véhémentes,
» tous les oh ! les ah! les ouf! les aie! et les hélas! des langues humaines,
» réunis, combinés, élevés à la centième puissance, ne donneront jamais qu’une» idée imparfaite de l’horrible supplice, de l’atroce torture, de la rage inees-» santé que vous font éprouver ces misérables insectes qui sont partout et ne» sont nulle part, qui vous assaillent sans pitié, vous frappent sans relâche,b trompent tous vos efforts, déjouent tous vos calculs, se rient de votre fureur» comme de votre souffrance, et vous tenant haletant sous leur aiguillon,
» insultent encore à votre défaite par une ironique fanfare. Au seul souvenir de» ce tourbillon d’aiguilles volantes, de ce simoun de flèches acérées et trempées» dans un suc caustique, nous sentons un frisson courir le long de notre» moelle épinière et nos cheveux se hérisser sur notre front. Si l’Amérique » avait été découverte an temps de Dante Alighieri , et que le grand poète eut» pu expérimenter sur lui-même l’effet de la piqûre des moustiques, on aurait» vu dans son enfer quelque misérable damné, écumant et grinçant des dents» sous l’attaque de ces insectes. » (Paul Marcoy , Voyage de l’océan Pacifiqueà l'océan Atlantique .)
« Le naturaliste Lyonnet a passé vingt ans de sa vie à ctudier la cheniile» du saule. Quel statisticien nous dira les siècles des siècles qu’il faudrait pour» décrire les cousins . les tipules, les œstres , les mouches, ies taons, toutes les« troupes si diverses'd’armes et d’uniformes de cette légion d’insectes qui, dans» les pays du soleil, monte à l’assaut du roi de la création?... Je mentionneb en passant les imperceptibles jejenos, les énormes marmgoas . les zancv.os,b ainsi baptisés d’après leurs longues pattes j les alu, les taboues, les congos,» grands taons noirs à reflets métalliques, les bravos et les rodadores, dont les,» noms féroces et bourreaux indiquent suffisamment les qualités. Les gusanosb produisent des larves qui, noyées profondément dans les chairs, y creusent» des sillons et des trous. Un autre de ces affreux insectes pond dans le nez de» l’homme ou des grands animaux. » (A. Reclus, Explorations aux isthmesde Panama et de Darien.)