362 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,
Les alligators du Darien.
« Nous mouillâmes à File des Alligators, entourée devasières, où un nombre fort respectable de caïmans vinrentse prélasser au soleil. Autant que possible ce saurien nereste à l’eau que le temps de s’y procurer son dîner. Il aimepassionnément la chaleur; sa jouissance suprême est des’allonger paresseusement sur une plage ferme et consis-tante ; cette grève sableuse étant, à plusieurs kilomètres enamont et en aval, la seule qui réponde à ces exigences, lesseigneurs caïmans s’y donnent rendez-vous de très loin. Ici,les forts et puissants dévorent volontiers les petits, et nulindividu de moins de 4 mètres n’oserait se présenter à cetteassemblée de gros mangeurs. Les vénérables patriarchesont toute la place nécessaire à leur sieste.En ce « lieu d’élec-tion, » la rivière, resserrée par l’île, forme un coude trèsbrusque, l’eau est profonde, les berges immergées de la rivedroite sont à pic, et probablement criblées de cuevas super-posées comme les niches d’un cimetière espagnol . La cuevaest un trou très étroit que l’animal se creuse et où il n’entrequ’à reculons. Il s’y cache tout entier, c’est là qu’il guettepatiemment sa proie. On trouve surtout ces excavationsdans les « charcos », gours profonds où tournoient lesremous ; partout ailleurs il n’y a pas de caïmans : on peutnager et plonger sans crainte. Puis, si défendus qu’ils soientpar leur cuirasse à l’épreuve de la balle, malgré leur mâ-choire formidable, la vigueur de leurs membres et la forcede leur queue dont un coup briserait l’embarcation la plussolide, ces sauriens sont si lâches, qu’ils ne s’attaquentjamais à l’homme. Les pêcheurs de manatis (lamantins), àla Lama de Cristal, dans les lagunes de Cacarica, m’ontconté ce qui suit : s’étant aperçus que d’énormes alligatorsprofitaient de leur sommeil pour leur enlever des lanièresde chair en train de boucaner, ils se mirent en garde et
notre siècle h l'œuvre d’un canal interocéanique. Pour avoir échoué, son entre-prise n’en a pas moins contribué à préparer la solution du problème, et sesrécits restent parmi les plus intéressants à consulter sur les ressources et lesbeautés naturelles de l’isthme central américain.