376 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
» A. trois heures de l’après-midi, nous montons dans letrain pour Barranquilla , après avoir payé 2o francs pour lecourt trajet que nous allons faire. La locomotive, construitedans l’Amérique du Nord , est de forme bizarre ; les wagonssont à jour, comme il convient pour des pays chauds, et lavoie est d’une solidité douteuse. On traverse d’abord deslagunes inondées plantées de manglares ou forêts basses demangliers. Des légions de grands échassiers ( garzas ouhérons blancs) nous regardent tranquillement, perchés sur« leurs longs pieds. » Le mancenillier abonde sur cetteplage; des césalpiniées, des mimosées se couvrent dehouppes dorées, et les grosses touffes de YAcrostichumaureum, à feuilles longues de trois mètres, font saillie au-dessus des eaux noires.
» Barranquilla s’annonce par quelques champs de coton,de grands pâturages de Panicum , quelques groupes decocotiers et des cabanes qui se rapprochent. A l’entrée engare, nous sommes assaillis par une population multicolore,sale, bruyante, qui rappelle celle des ports de l’Italie parson empressement indiscret autour des passagers. La garede Barranquilla est à l’une des extrémités de la ville, donton n’atteint pas le centre à moins d’une demi-heure demarche dans une poussière atroce, qui nous brûle la gorge.Cette journée d’ennuis de toutes sortes nous a fatigués outremesure, et la satisfaction de toucher enfin la terre ferme estbien mitigée par ce commencement de tribulations. On nousconduit à une sorte d’auberge décorée pompeusement dunom à’hôtel Francès, et située en face de l’église. Notreamphitryon est digne d’une étude particulière. 11 a vu toutl’univers et « mille autres lieux, » et s’est établi par philan-thropie dans cette ville torride et malsaine. Son coeur estplein de tendresses pour ses compatriotes... moyennantfinances. Pour quelques piastres fortes ( pesos fuertes) ilpousse l’obligeance jusqu’à vous fournir une salle blanchie àla chaux, quatre poteaux de bois sur lesquels est tendue unepeau de bœuf couverte d’un drap, une cuvette ébréchée etun torchon « jadis blanc. » La nourriture est à l’avenant.Le viz, les patates, la yuca (mainhot utüissima), la viande