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L' Amérique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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380 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,est le premier établissement que les Espagnols aient fondésur la côte-ferme grenadine, et, malgré l’ancienneté decette origine, malgré son excellent port et son titre decapitale du Magdalena, malgré la splendeur que l’avenirlui réserve sans doute, elle compte au plus une popu-lation de 4000 habitants. Les rues, larges et coupéesà angles droits, comme celles de toutes les cités âgées demoins de quatre siècles, n’ont jamais été pavées; pendantles jours de forte brise, elles n’offrent à la vue qu’une per-spective de tourbillons de sable où le passant n’ose pas s’a-venturer. Les maisons sont en général basses et malconstruites ; dans les faubourgs, elles ne sont même quede simples cabanes en pieux et en terre; les toits, enfeuilles de palmiers, sont peuplés de scorpions et d’araignéesinnombrables. En 1825, trois siècles après la fondation deSainte-Marthe, un tremblement de terre renversa plus decinq cents maisons, lézarda la cathédrale et les quatreéglises. Depuis cette époque, les monceaux de briqueset de plâtras n’ont pas été déblayés, les ruines n’ont pasété consolidées, les lézardes bâillent de plus en plus; seu-lement le temps a décoré d’arbustes les murailles pen-dantes. et sur la haute coupole d’Iglesia-Mayor tressé uneverle guirlande toute bariolée de fleurs jaunes et rouges.Dans cette ville, encore aussi délabrée que le lendemain dutremblement de terre, je ne vis qu’une maisonnette neuveet les fondements d’un édifice inachevé qui devait servir à

■ port le plus important de la Nouvelle-Grenade, et le point de départ de cetten navigation de la Magdalena qui occupe dix navires à vapeur, des milliers de» bongos , et qui porte les produits européens jusqu’à deux cent cinquante lieues» dans les terres, à travers des vallées splendides, des forêts de quinquina et de» bois de teinture. Je m’attendais donc à une certaine activité et aux allures or-» dinaires d'une ville marchande. Il n’y avait pas un navire dans le port ; les» maisons elles-mêmes paraissaient endormies dans un berceau de cactus à ra-» quettes protégé par de larges tètes de palmiers. Il se fit cependant un certain» mouvement à notre arrivée, mais seulement autour du steamer. 11 fut entouré» en un clin d’œil de bateaux chargés de fruits énormes. Je vis alors les premiers» échantillons de ces pirogues indiennes creusées dans un tronc d’arbre, longues,v étroites, presque cylindriques, dont je devais faire plus tard un si fréquent» usage sur les cours d’eau de l’Amérique centrale , et qui, manœuvrées par desu espèces de démons presque nus, armés de palettes ressemblant à des nageoires» de requins, bravent les rapides des fleuves, résistent aux tempêtes, remontent» les courants les plus impétueux et font pénétrer nos produits, nos idées et notre» influence dans les régions centrales les plu3 inaccessibles... n (Félix Belly ,A travers l’Amérique centrale.)