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AMÉR1QCE DD SUD. 385
la Goajire, je passai plusieurs fois à côté d'hommes, enapparence sans vie, étendus sur le sable et veillés par desfemmes qui s’occupaient tranquillement à tisser des filetsou à tresser des chapeaux. Je crus d’abord que ces corpsimmobiles étaient des cadavres auprès desquels on avaitplacé des gardiennes pour chasser les caricaris et les vau-tours; mais une des femmes, qui savait un peu d’espagnol ,me fit comprendre que son mari était non pas mort, maisivre-mort depuis la veille. « C’est hier qu’il a vendu sonbois du Brésil , » ajouta-t-elle d’un air confiant. Les voluptésque procure l’ivresse sont si grandement appréciées que la.femme sent augmenter son respect affectueux pour sonmari plongé dans cette fatale béatitude; elle s’agenouille àcôté de sa tête, écarte les maringouins qui pourraienttroubler son lourd sommeil, rafraîchit son front en l’éven-tant avec une aile d’aigle ; dans une circonstance analogue,elle peut à son tour avoir besoin d’être veillée de la mêmemanière. A la conclusion de tout marché, le traitant rio-hachère livre au vendeur goajire une ou plusieurs jarresd’eau-de-vie garantie pure, mais fortement mélangée d’eau.L’Indien emporte dans son rancho la liqueur précieuse, etboit à même jusqu’à ce qu’il tombe en râlant sur le sable.On raconte qu’un navire chargé de rhum ayant fait côte surles récifs de Punta-Gallinas, la nouvelle se répandit immé-diatement dans toute la péninsule, et pendant quelquesjours la nation tout entière fut plongée dans la plus com-plète ivresse. Plus d’une fois des surons d’acide sulfurique,Iras avec la même avidité que du rhum, ont causé la mortd’un pécheur endurci. »
Les fêtes religieuses à Bogota 1 .
« Le nombre des fêtes d’église est considérable à Bogota ;mais les époques des plus grandes cérémonies religieuses