Buch 
L' Amérique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
Entstehung
Seite
402
JPEG-Download
 

402

LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,

I*e curare et la chasse à la sarbacane,

Le curare est une substance composée, préparée et employéepar les tribus indiennes de l’Amérique du Sud pour empoison-ner leurs armes de chasse et de guerre. On lui donne parfoisle nom de poison de flèches. Walter Raleigh , qui découvrit laGuyane en lb95, rapporta le premier en Europe , sur desflèches, ce poison sous le nom de ourari. L’histoire et la fabri-cation du curare a fourni à beaucoup de voyageurs la matièrede récits plus ou moins fabuleux. Dans un de ses voyages enAmérique, accompli de 1799 à 1804, de Humboldt a puassister à la fabrication de ce poison. Il raconte qu’il est l’occa-sion d’une fête bruyante, comparable à celle des vendanges.Les sauvages, après avoir fait dans les forêts la récolte deslianes du venin, s’enivrent en absorbant des boissons fer-mentées préparées par leurs femmes en leur absence. Quandtout dort dans l’ivresse, le maître du curare, qui est en mêmetemps le sorcier et le médecin de la tribu, se retire à l’écart,broie en secret les lianes, en fait cuire le suc et prépare le poi-son. MM. Boussingault et Roulin, M. de Castelnau, qui ontvisité l’Amérique du Sud après Humboldt , ont admis, commelui, que la composition du curare est exclusivement végétale.Au contraire, MM. Watterton et Goudot, soutiennent que lesuc des lianes broyées est mêlé à des gouttes de venin recueillisdans les vésicules des serpents les plus venimeux. M. EmileCarrey prétend que le curare a pour base un poison végétal,mais que certaines tribus indiennes le préparent mystérieuse-ment, en mêlant au suc des plantes des substances plus oumoins singulières 1 , et entourent la fabrication de pratiquesbizarres ; superstition ou charlatanisme propres à augmenterle prestige de leur puissance ou à cacher aux étrangers lacomposition du poison 2 .

1. Ils y mettent des crochets de serpents à sonnettes, des queues de raies, duprétendu venin de crapauds, des tucanderas ou grosses fourmis noires, dont iamorsure est venimeuse, des sauterelles appelées jacquirinamboi, d’ailleurs inof-fensives, des cent-pieds, des araignées-cràbes, etc., etc.

2. L’illustre physiologiste Claude Bernard , par une série d’analyses etd’expériences admirables, a donné au curare une véritable célébrité; il a dé-mêlé toutes les propriétés du poison américain, et démontré notamment qu’ilparalysait les nerfs moteurs. Les données de ses expériences ont fourni à iamédecine le moyen d’atténuer ou de neutraliser les effets du poison, et mêmede l’essayer comme un remède efficace pour combattre certaines maladies res-