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L' Amérique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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AMÉRIQUE DU SUD . 405

samraent la flèche. Souffle d’homme ou gaz développé, c’esttoujours l’air qui chasse la balle de fusii ou la flèche desarbacane 1 .

» Telle est la portée du souffle humain dans ces sarba-canes, qu’il lance une flèche à plus de vingt-cinq pas, avecune force suffisante et assez de justesse pour frapper unoiseau à presque tous les coups, et telle est la dureté de cesflèches, que j’en ai vu maintes fois pénétrer dans l’écorced’un tronc de palmier, c’est-à-dire dans du bois presqueaussi dur que du chêne, et s’y fixer, comme une flèche àpointe de fer se fixe dans une planche de bois. Chacune deces flèches est trempée dans une solution de curare épaissequi laisse sur elle une sorte de gomme noirâtre. Quand lepoison est très bon, il suffit delà valeur d’une tète d’épingleabsorbée j>ar une blessure faite sur n’importe quelle partiedu.corps, pour, tuer en moins de cinq minutes, souvent endeux minutes à peine, un animal quelconque, tel que tigre,grand singe, poule, etc... Quand le curare est médiocre oupassé, ou en trop petite quantité, l’animal ne meurt qu’aubout de dix minutes, une demi-heure et même davantage.La mort a toujours, à mes yeux, présenté le même ca-ractère.

» L’animal paraît d’abord ne rien sentir. Mais bientôt,au bout d’une demi-minute à peine, il cherche les endroitsobscurs et semble saisi d’une sorte de préoccupation crain-tive ou douloureuse, qui rend sa marche embarrassée. 11paraît désirer le repos, comme si ses jambes fatiguées nepouvaient plus le porter. Il se couche sur le ventre et refusede se lever. Son cou lui-même n’a bientôt plus la force desoutenir sa tcte qu’il étend sur le sol. Ses yeux vivent tou-jours, mais peu, et il semble que leurs regards portent jene sais quelle fixité souffrante qui présage la mort. Le cœur

i. M. Jules Crevaux , dans son journal de voyage, écrit, à la date du 8 dé-cembre 1880 : « Lejanne rencontre un des habitants chassant avec une longue» sarbacane, au moyen de laquelle il lanee une petite flèche dont la pointe est» trempée de curare et dont l’autre extrémité est munie d’une bourre fournie par>. les fruits du ceibo. Le curare dont il se sert est enfermé dans une gourde ut» lui vient des Indiens Piaroaa : les Indiens Piapocos nen connaissent pas lab préparation. » [Tour du Monde, l tr semestre 1882.)