manière très appréciable, et j’y ai vu l’orge, les pois et lemaïs (bien que ce dernier n’y vînt ni haut ni abondant),atteindre la maturité qui lui est refusée sur ce qu’onpourrait appeler la terre ferme. Les vents dominants sontceux du nord-est; ils soufflent souvent avec une grandeforce, ce qui donne aux vagues qui assaillent les côtes ouestet sud quelque chose de la force et de la majesté de cellesde l’Océan. Des tempêtes violentes ne sont même pas rareset rendent parfois extrêmement dangereuse la navigation,toujours lente et précaire, sur les babas fragiles et sur lesradeaux de totora ou roseaux. De grands efforts, malheureu-sement mal dirigés, ont été tentés pour établir des vapeurssur le lac, et l’on a pu voir pendant quelque temps dans laville de Puno les pièces de deux petits bateaux en fer. Cequi entravera surtout le succès d’une telle entreprise, cesera le manque de combustible ; les ressources en ce genrese réduisent à ce qu’on peut tirer des quenuas ou olivierssauvages dans les parties abritées des îles. On m’a cepen-dant montré quelques échantillons d’un très beau charbonbitumineux qu’on disait avoir été trouvé sur la presqu'île doCopacabana, mais je n’ai pu visiter le prétendu dépôt.
» Un coup d’œil sur une carte fera voir que le lac Titi-caca a plusieurs baies considérables dont les plus grandessont celles de Puno , Huancane et Achacache. 11 y a éga-lement huit îles habitées, ou du moins habitables, savoir :.Amauténé, Taquili, Soto, Titicaca , Coati, Campanario,Taquaré et Aputo. La plus grande de toutes est celle deTiticaca , île escarpée, nue, aux contours déchiquetés etau relief très accusé ; elle a 6 milles de longueur sur 3 à4 milles de largeur. C’est l’ile sacrée par excellence duPérou. C’est à elle que les Incas font remonter leur origine,et de nos jours encore leurs descendants lui vouent uneprofonde vénération. Selon la tradition, Manco-Capac etMama-Dclla, sa femme et sœur, enfants du soleil, et en-voyés de ce corps lumineux, partirent de là pour leur pèle-rinage bienfaisant, afin de soumettre et instruire enreligion et civilisation les tribus sauvages qui habitaient lepays. Manco-Capac portait une baguette d’or, et il devait