434 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
d’insalubrité atroce, à peine débarqués, ils se sont trouvéscontraints aux travaux les plus durs et souvent les plus mal-sains, sous un climat différent de celui qu’ils venaient dequitter. De père en fils, dans des régions de fièvre, ils ontaccompli les travaux les plus dangereux qu’il soit possibled’imaginer. Ils ont défriché le terrain, ils ont remué le sol,pour y planter le café, le cacao, le tabac, la canne à sucre ;ils ont fait des travaux d’irrigation ; ils ont séjourné dansl’eau, souvent jusqu’à la ceinture, demeurant sans cessesous les rayons verticaux du soleil tropical. Leur tempéra-ment s’est révélé si solide qu’ils ont, pendant plusieurs gé-nérations, résisté victorieusement à tous les miasmes,comme au feu qui tombe du ciel et dévore les natures lesmieux trempées. Non seulement ils ont vécu, mais ils sontrestés vigoureux, mais leur progéniture n’a pas dégénéré.Le nègre a de bonnes qualités : sa charpente solide, sesmuscles puissants font de lui, à côté du créole souventchétif, un véritable géant : mais il ne fait pas appel à saforce ; il a vu pendant tant de siècles que le far niente étaitle privilège des libres, que, libre, il veut en jouir.
» . C’est ainsi qu’il reste pauvi’e, qu’il gémit de sa
misère, et la misère, mauvaise conseillère, étouffe le bongerme de ses facultés morales : cependant, voleur ou mêmeassassin, on rencontre chez lui ce je ne sais quoi qui rendl’homme sympathique, par l’aveu et le regret du méfait, et,jusqu’à un certain point, par la hardiesse souvent cheva-leresque qu’il met au service des plus mauvaises causes.
» La principale préoccupation de la négresse du Pérou consiste à décolorer le plus possible sa progéniture. Rien deplus rare aujourd’hui que de voir des négresses accepter desnègres pour maris. Aussi la race pure disparaît-elle rapide-ment, et lé nombre des mulâtres, cuarterons et trigeniosva-t-il toujours en augmentant. Le mulâtre, méprisé dublanc, hait le nègre, et de cette haine et de ce mépris seforme un caractère douteux, fait de sotte vanité, d’orgueilridicule, de prétentions hidalguesques, d’appétits grossiers,qui le rendent mal disposé au travail, incapable d’une alluredroite. Il est à la fois violent dans ses conceptions et hési-