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L' Amérique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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AMÉRIQUE DU. SUD. 509

l’iiabitant du ciel l’obligation de veiller sur la coque de sonhomonyme terrestre et de le préserver des coups de vent,des bancs de sable et des écueils. Au reste, il est sansexemple qu’un de ces patrons vénérés ait laissé perdre lebateau placé sous son invocation. Ajoutons que la pacifiqueflottille fait merveille dans le paysage et distrait agréable-ment lesyeux delà monotone répétition des façades blanches,des toitures rouges et des pelouses jaunes.

» La ville de la Barra est peuplée d’environ 3000 habi-tants, dont les deux tiers constituent sa population séden-taire, et l’autre tiers, sa population flottante. On y compte•147 maisons 1 . Ces maisons sont vastes, bien aérées, maisgénéralement dénuées de confort et de meubles meublants.Toutes ont des jardins ou des jardinets mal entretenus etfort peu sarclés. Les mauvaises herbes y abondent et lesserpents y sont assez communs. Ce n’est qu’en tremblantqu’on y cueille des roses et des haricots. Si nous disons roseplutôt qu’œillet, et haricot plutôt que lentille, c’est que la roseà cent feuilles ou le haricot blanc ou rouge, sont la fleur etle légume qu’affectionnent le plus les deux sexes de la Barra.La rose est cultivée par la femme qui en respire le parfumet en orne sa chevelure; le haricot est cultivé par l’hommequi l’accommode au lard et le donne en pâture à son estomac.Ce mets substantiel figure chaque jour, et plutôt deux foisqu’une, sur les meilleures tables.

» Les habitants de la Barra sont exclusivement voués aucommerce. Les uns le font en gros, les autres en détail. Lescommerçants en gros reçoivent du Haut-Amazone du cacao,du café, du rocou, de la salsepareille, des graisses de tor-tue et de lamantin, des huiles d’andiroba, de copahu etautres denrées. Ces produits leur arrivent par lots minimeset sont emmagasinés par eux, en attendant qu’ils aient pu

i. L’aspect de Manaos a bien changé depuis que M. Marcoyl’a visitée. Enquinze ans, cette ville s’est transformée; M. Wiener qui y a séjourné en 1881,évalue la population actuelle à 15 OQQ habitants. Le chiffre des maisons à décuple ;le commerce v est déjà considérable, la navigation fluviale active, les trafi-quants très riches. On y trouve des comptoirs, des banques et meme.un theatreou les nègres vont applaudir la représentation des miracles de Saint-Benoît, quiest leur patron préféré.