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L' Amérique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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AMÉRIQUE DU SUD . 537

l'entreprise, car, deux fois, près des sources d’Estrella,tentes et colonnes furent renversées avant d’avoir pu êtreachevées. Les pluies et les ouragans laissaient-ils un instantde répit? aussitôt des mouches sortaient des marais quientourent les nombreuses sources à la ligne de démarcationdes eaux et leurs piqûres devenaient pour les hommes etles animaux une plaie insupportable, si bien qu’on appelaitpresque avec plaisir les moustiques habituels du soir, qui,la nuit, succédaient à ces mouches.

» Non loin de la source d’Estrella, près du Dourado supé-rieur, un des affluents du Parana, se trouve une coloniemilitaire brésilienne ; dans un petit village isolé, composéde huttes en terre, un commandant avec trente soldatsnègres passe sa vie dans l’exil. Cette colonie existe depuisquelques années déjà et cependant elle n’a encore commencéaucune culture, quelle qu’en soit la nature.

» La dernière colonne fut élevée sur le Potrero de Julio,endroit découvert de la chaîne de séparation des eaux entrel’Ipané au couchant et l’Amambaya à l’Orient ; à quelqueslieues de là, la commission commença le chemin dont il aété question, et Johnston aurait volontiers continué de lasuivre, s’il eût eu les provisions et l’escorte nécessaires pourune semblable excursion, car on lui disait des merveillesdes grandes chutes du Parana . Cet autre Niagara se faitentendre à quatre lieues de distance et la masse de seseaux se précipite au milieu de nuages de vapeurs et demagnifiques arcs-en-ciel dans un ravin étroit et profond queles Indiens regardent comme la porte du monde sublunaireet que la crainte leur fait éviter.

» Le retour de Potrero de Julio à Conception s’effectue parle chemin que le dictateur Lopez avait suivi quelques annéesplus tôt dans sa dernière marche de son camp près de Pana-dero au désert de Cerro-Cora, et qui donne une idée biennette de la misère endurée par son armée dans cette der-nière retraite. Sur tout le parcours de cette route, à petitsintervalles, sans sépulture et dans la position où la mortles a trouvés, gisent des squelettes d’hommes qui sonttombés là pour y mourir d’épuisement et de faim, presque

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