importance particulière. Cinquante ou soixante maisonsagglomérées en carré forment une place, autour delaquelle, sans ordre, de nombreux ranchos viennentjoindre leur contingent de femmes et marmaille grouil-lante an soleil; on évalue à environ 3000 âmes l’ensemblede cette population où fleurissent les brigands de touteespèce. C’est le lieu où viennent s’amasser les gens qui nepeuvent môme plus vivre à l’Assomption ; ils s’installentà Paraguari , où l’éloignement du pouvoir central et dela police métropolitaine leur permet de vivre aux dépensd’autrui avec des coudées plus franches * 1 . La place du vil-
voyageur se console en songeant que, si les déraillements sont à craindre, lesrencontres sont du moins impossibles. Le chemin de fer doit être prolongéjusqu’à Villa-Rica.
1. Le manque absolu de sécurité dans l’intérieur du Paraguay et les capricesd’un gouvernement dictatorial ont arrêté toutes les tentatives de colonisationou les ont détruites. Sous la dictature d’Antonio Lopez, son fils, FrancescoSolano, chargé d’enrôler des agriculteurs européens pour le Paraguay , avaitracolé sur les quais et dans la banlieue de Bordeaux deux ou trois cents dé-crotteurs, joueurs d’orgue, rôdeurs de barrières, etc. On leur avait promis montset merveilles : arrivés à destination, ils furent très mal accueillis par Lopez,offusqué et alarmé par les opinions très indépendantes, et, il faut bien l’avouer,par les médiocres capacités de ces singuliers colons. Au lieu de leur assignerdes terrains fertiles, le dictateur les établit sur un sol ingrat et rebelle à touteculture, à Villa-Occidental, qui reçut le nom de Ntæva-Bordeo (Nouvelle-Bordeaux). Isolés ainsi des Paraguayens, avec lesquels on leur refusait toutecommunication, dévorés par les moustiques, manquant de tout, soumis pourles causes les plus futiles aux vexations de tout genre, à la bastonnade etmême à la torture (on appliqua à quelques-uns la question par l’eau !), ilssuccombèrent en grand nombre. Quelques-uns essayèrent de gagner laBolivie , on les saisit et on le3 livra aux plus affreux supplices; d'autos mou-rurent de faim, ou furent, tués par les sauvages, ou dévorés par les jaguars;tou3 auraient péri sans l’active charité du comte Braver, alors notre consul àl’Assomption . Dans cette contrée qui tient des trésors de fécondité à la dispo-sition de l’homme, l’immigrant n’ose guère se risquer. M. Forgues a ren-contré, il est vrai, à la Trinidad, petit village dans la banlieue de l’Assomption ,un Français , Théophile Ganté, qui, d’abord apprenti cordonnier, réussit parun travail opiniàire à gagner une fortune de loOOOO francs. Mais il cite plusloin l’exemple d’autres Français malheureux : Moquclain, établi dans unehacienda du Chaco, qui fut assassiné une nuit par un cacique indien avec safemme et ses trois valets ; Berchon des Essarts, égorgé par des voleurs dansla capitale même ; un Anglais , Mac-Adam, tué d’un coup de couteau dans lagare, etc., etc. Les Paraguayens qui racontent ces tragiques histoires prennentsoin d’ajouter qu’après tout le Paraguay est un pays très sûr et où il n’y a rienà craindre! Bien, sauf les folies du despotisme, le couteau des aventuriers etla matraque de l’Indien.. Voici encore un témoignage du peu de sécurité deces régions intérieures... M. Désiré Charnay , durant son voyage à travers lapampa, apprit d’un Argentin , son compagnon de route, qu’il ne fallait pas,trop compter dans le désert sur les agents de 1 autorité publique. « 11 y a trois« semaines, racontait son interlocuteur, un colon allemand avait vendu un lot« de bœufs et en avait reçu l’argent; le soir du même jour, il était seul avec» sa fille â"ée de seize ans ; la porte s’ouvre, deux hommes masqués font» irruption dans la cabane, se précipitent sur le pere et le tuent; puis, s adres-> sant à la fille terrifiée, lui demandent où est l’argent, » II est là, » dit-elle,