ne met pied à terre que pour s’accroupir ou se coucher,jamais pour marcher; il n’a d’autre bien que son cheval,d’autre lit que sa selle, dont les pièces nombreuses se divisentet forment un lit très confortable; il est le plus souventnomade, et va d ’estancia en estancia exercer sa profession ;partout entouré de considération, il est fier de son mérite.
I Le cheval destiné à être dompté subit, avant de lui êtreremis, un travail préparatoire : pris en plaine avec les bolasouïe lasso, il est ainsi traîné jusqu’au palenque , où il restetout le jour attaché et les pieds entravés ; il est lâché denuit et ramené le lendemain ; quelques jours de ce régimecruel adoucissent un peu son caractère et l’habituent à laprésence de l’homme à pied. C’est en effet un des étonne-ments de tous les animaux de la pampa que l’apparition del’homme à pied, et même assez fréquemment les animauxqui fuient devant l’homme à cheval entourent l’homme àpied et l’attaquent jusqu’à mettre sa vie en péril, si la pré-sence d’esprit l’abandonne. L’animal, ainsi un peu calmé,est pris avec deux lassos, l’un jeté au cou et l’antre auxpieds de derrière ; fortement attaché, culbuté et maintenupar plusieurs hommes, il est sanglé, sellé et muselé par ledompteur au moyen d’une corde qui lui serre les narineset passe dans la bouche. Tout ce travail est fait avec unebrutalité excessive ; c’est avec des coups violents quel’homme cherche à faire passer dans l’esprit de l’animal laterreur qui semble remplir le sien. Quand il est moins fu-rieux et déjà terrifié, le dompteur le monte, et, le serrantdans ses jarrets puissants, où une longue habitude a con-centré toute la vigueur dont il est capable, il lui prouvesa supériorité par des coups redoublés. Le lasso qui retientles pieds de derrière est alors lâché et un premier galopessayé, course furibonde d’où cheval et cavalier reviennentépuisés au milieu des vivats. Il reste alors au dompteur àentreprendre quelque longue course de dix ou quinze lieuespour pouvoir livrer au propriétaire un cheval dompté etrecevoir sa prime. Ce traitement a pour résultat de rendretous ces chevaux fort doux, mais presque tous très difficilesau montoir ; ils se souviennent toujours de leurs premières