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L' Amérique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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572 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,relations avec l’homme; une fois montés, ils sont générale-ment dociles, ignorent le trot, et ne connaissent guère quecette allure commode et monotone vulgairement appeléetraquenard , allure générale à tous les chevaux de la pampa,et qui explique la facilité avec laquelle un Européen , mêmefraîchement débarqué, arrive à faire sans fatigue vingt outrente lieues par jour. »

li’estanciero. — La marque.

« La production du lait, fort lucrative dans le voisinage desgrandes villes, et principale préoccupation de l’éleveur euro-péen, n’est nullement recherchée par l’éleveur ou estanciero dela pampa. C’est à peine si dans une estancict , riche de plusieursmilliers de vaches, on en trouverait une ou deux habituées àdonner du lait pour les besoins de l’habitation; quant aubeurre, l’usage et la fabrication en sont peu répandus, et surla petite quantité que consomment les Européens, une partieest importée du Havre et de Cherbourg ; l’estanciero fait peuou point de cuisine, et n’emploie ni beurre, ni graisse:il se contente d’un rôti copieux sans aucun assaisonnement. Lebut de l’éleveur est donc de produire non pas du lait, maisbien du cuir, de la graisse et de la viande, qui, salée et séchéeau soleil dans les saladeros, est expédiée au Brésil et à laHavane, où elle fait la nourriture exclusive des nègres '.

L’ estanciero , éleveur de bêtes à cornes, est ordinairementun descendant d’Espagnols depuis plusieurs générations établisdans le pays, ayant entrepris cet élevage à une époque où iln’en existait pas d’autre et où le mouton n’avait pas encoreconquis droit de cité. Généralement riche, il habite presquetoujours la ville et ne s’occupe que superficiellement de l’ad-ministration de sa terre, laissant ce soin à ses intendants,

1. L’estancia, ou terre consacrée à l’élevage, est généralement très étendue,au moins une lieue carrée dans les bons terrains, 2 ou 3 lieues dans les ter-rains neufs ou médiocres. Il est des estancias qui couvrent une superficie de15 à20 lieues carrées; on y compte par lieue un maximum de trois mille bêtesà corne. L’industrie pastorale est sûre en même temps que lucrative; maiselle exige dès le début l’apport d’un capital considérable. Ce capital donnedans les mauvaises années un revenu moyen de 20 à 25 % dans les régions depâturages tendres, 12 à 15 dans les autres. Cette prospérité, qui ne se démentpas, suffit à expliquer l’indolence et l'indifférence de j'estanciero à l’égard deses propriétés.

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