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[Tome premier.]
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APPROUVE’ES PAR l’ÁCADE’ MIE.

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Ces raisons peuvent faire croire qu’ii n’est pas impossiblede pourvoir aux inconvéniens de la rupture du cable desancres , laquelle arrive ordinairement, ou par la rencon-tre des rochers cachés au fond de l’eau qui les rompent,ou par la violence des vagues avec laquelle les vaisseauxfont emportés.

La machine que l'on propose peut empêcher tout en-semble l’effet de ces deux causes : car en empêchant quel’effort qui fe fait contre le cable en le tirant soudainementréagissent tout à la fois contre toute fa résistance, il ne serapoint nécessaire de le faire si fort ni si gros ; & par cetteraison il sera moins en danger de se rompre contre les ro-chers , parce qu’en lui ôtant cette grosseur qui l’empêchede plier aisément, on lui ôtera ce qui le rend le plus sujetà se rompre, qui est cette inflexibilité qui le fait résisteravec plus de fierté que de force, & enfin de la mauvaisemaniéré dont il résiste, qui a été expliquée par la compa-raison du mur de pierre &: du ballot de laine.

La machine est composée de quatre pieces de bois debrin A, B , C, D , couchées l’une contre l’autre deux àdeux, & jointes ensemble les deux d’un côté avec lesdeux de l’autre côté par le moyen des liens, dont celuiqui est marqué E, empêche que les pieces qui font jointespar son moyen ne puissent s’écarter en cet endroit-là ; &celui qui est marqué F empêche qu’elles ne Rapprochent,afin qu ils n’ayent la liberté de Rapprocher que par l’autreextrémité, où les plus grandes pieces A & D , ont cha-cune une poulie G H, pour soutenit le cable IK L, lesdeux autres pieces B & C, ne servant qu’à donner unerésistance convenable aux deux premieres lorsqu’elles vien-nent à être pliées ; car par cet assemblage de deux piecesla résistance qui se fait au pliement n’a pas la fierté qu’au-roit une feule piece de la grosseur des deux ensemble,parce qu’elles coulent l’une fur l'autre en pliant. Or lecable attaché à la piece A à l’endroit I, va tourner a lapoulie H, & revient passer fur la poulie G, & ensuite estattaché au cable de fanerejnarqué M, qui a un nœudvers L qui l’empêche de sortir de fouverture de l’écubierM , où il est arrêté en cas que la grande force avec laquellele vaisseau est emporté tirât assez fort pour rompre les ca-bles. Car il est certain que ce seroit le cable qui passe surles poulies qui seroit rompu, étant le plus foible, & parce moyen le gros cable seroit conservé. Comme le cablequi passe sur les poulies a besoin d’être flexible, & q u'il n’apoint à résister aux fatigues que celui qui est dans seau doitsouffrir, il ne seroit pas nécessaire de le gaudronner, nide le faire si gros ; & il y a même lieu de douter s’il neseroit pas meilleur aussi de ne point gaudronner le groscable, y ayant apparence qu’il pourroit résister plus long-temps à la pourriture qui lui arriveroit faute de gaudron,qu'à la rupture que cette composition lui peut causer en lerendant roide & inflexible,& qu’il faut craindre que quel-que précaution que son puisse apporter pour rendre lacomposition souple & peu cassante, elle ne le deviennepar la froideur de l’eau, qui endurcit toujours toutes lessubstances résineuses ; & il y a plus d’apparence de croireque les cables font rompus à la rencontre des rochers parces raisons, que de s’imaginer qu’ils puissent être, ou cou-pés, ou usés par des pierres; puisque ce s ancres que l’onne peut pas dire être capables d’être coupées ou usées, nemanquent que par la fierté du fer, fans quoi elles ré siste-ïoient à des efforts beaucoup plus grands que ne font ceux.qui ont accoutumé de les rompre.

Or on peut fabriquer les ancres de maniéré que par lememe principe elles pourront, ainsi que la machine quiest dans le vaisseau, fournir un moyen pour diminuer leterrible effort que l’ébranlement du vaisseau est capablede^ produire fur le cable qui le retient, en faisant que dememe que le bout du cable attaché au vaisseau n est pointttop fermement retenu, l’autre bout qui est attaché à

1 ancre, trouve, pour ainsi dire, une pareille obéissancedans l’ancre.

Pour cet effet la tige dé l’ancre fe divise en deux bran-ches PP, lesquelles font écartées pour tenir lieu du jas, ougros travers de bois, qui sert aux ancres ordinaires pour lesdisposer comme il faut à accrocher. Ces branches ont cha-cune un anneau dans lequel le cable est passé., de maniéréqu’en tirant, il fait plier les deux branches, lesquelles em-pêcheront, en obéissant, que l’effort des vagues ne rompeni le cable, ni l’ancre.

N°. 12. Avant 1699.

MOYEN

DE FAIRE UN PONT

D’UNE LONGUEUR EXTRAORDINAIRE

QU I SE LEVE ET SE BAISSE

AVEC UNE GRANDE FACILITÉ,INVENTÉ

PAR M. PERRAULT?

DE L’ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES.

E pont qui est ici décrit est fort facile à remuer , àcause de la disposition de toutes les parties qui lecomposent : elles font en un équilibre qui fait que la pe-santeur des unes étant contraire à la pesanteur des autres,à peu de chose près , la puissance qui les doit remuer n’aguère d’autre obstacle à surmonter que la répugnance quetous les corps ont au mouvement, laquelle n’est pointcausée par ía pesanteur, qui est une chose que la mécha-nique ne peut ôter. Or la disposition de ce pont fait voirclairement que ni la pesanteur, ni le frottement des partiesne peuvent être cause d’aucune difficulté qu’il puisse yavoir à le remuer.

Le pont AB est composé de deux poutres assembléespar deux travers. II est soutenu dans le milieu par deux au-tres poutres CC assemblées aussi , & faisant un châssis quipose sur une retraite O qui est au bas du mur E E, qui faitle revêtement. Pour baisser le pont on tire le cable F at-taché au haut du châssis, qui étant par ce moyen approchédu mur EE, il arrive que le bout du pont A , ne posantplus fur le mur G, fait la bascule, parce qu’il est attachésur le châssis par des pivots, ainsi qu’il est représenté enH ;& en cet état on le tire contre le murE, Ôe on le met enl’état représenté en L.

Pour îe remettre en son premier état on tire la cordeM, & Payant remis comme il est représenté en N, on lepousse jusqu’à ce que ses deux bouts posent sur les deuxmurs ôc fur les pivots du châssis C C, qui font les trois en-droits fur lesquels il est soutenu.

Or ce qui tient ce pont toujours en équilibre est unechaîne OO , composée de plusieurs poids : elle est attachéeau châssis C C par le cable P, qui est soutenu par les pou-lies QQ. Les poids font enchaînes de maniéré que chaquepoids ayant une cavité dans fa longueur par le milieu,ainsi qu’il fe volt aux poids SS , qui font coupés par lamoitié, le chaînon R du poids qui est au - dessous, & quiest arrêté par une goupille quand la chaîne est étendue,entre dans la cavité, & laisse descendre le contrepoidsqui pose sur celui de dessous : & cela est ainsi pour faire queles poids qui agissant tous ensemble, ainsi qu’ils sont repré-sentés en OR O, font équilibre avec le pont situé ainsi qu’iíest en H, où est fa plus grande pesanteur, ne soient pastrop pesants lorsque le pont s’approche du mur E; ce quiarriveroit si la chaîne avoit toujours la même pesanteur;

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