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Histoire centennale du sucre de betterave : album illustré des reproductions de documents extraits de la collection de M. Jules Hélot / Edité en commémoration du Centenaire de la fabrication du sucre indigène par le Syndicat des Fabricants de Sucre de France
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LE SUCRE

DANS L'ALIMENTATION ANIMALE

L’idée de faire entrer le sucre en nature, lesaccharose, dans l’alimentation des animauxdate de loin. On la trouve nettement exprimée,avec observations à l’appui, dès 1790, par « LeBreton » dans son « Traité sur les propriétéset les effets du sucre ». Néanmoins, il a fallude longues recherches pour mettre en pleine lu-mière les effets favorables que l’introductiondirecte du sucre dans les rations serait sus-ceptible d’exercer sur les facultés productricesdu bétail.

En France , à côté des découvertes mémo-rables de Claude Bernard et de Chauveau, ondoit une mention spéciale aux travaux qui ontvisé plus particulièrement la pratique de l’ali-mentation sucrée, aux travaux de Grandeau, deLavalard, enfin des nombreux savants, agricul-teurs et industriels, qui sont venus exposer lesrésultats de leurs expériences et de leurs obser-vations devant nos grandes sociétés scientifiquesou agricoles et surtout dans les congrès annuelsorganisés par la Société de l’alimentation ration-nelle du bétail.

Il a été établi qu’avec le sucre, l’animal n’in-gère pas seulement un aliment de haute valeurnutritive sous un faible volume, mais encoreun condiment de saveur agréable, qui l’inciteà consommer plus de nourriture et aug-

mente, par là, son rendement en produits utiles.

Si brillantes que soient les qualités nutritivesd’un fourrage, son usage ne se répand toutefoisque s’il n’est pas trop coûteux. Or le prix dasucre est en général assez élevé. Il y a quelquesannées, cependant, les cours tombèrent à unniveau très bas. Les sucres roux de troisième jet,qui conviennent fort bien aux animaux, auraientpu, sans aucun doute, concurrencer victorieu-sement les fourrages concentrés du commerce,car ils livraient alors l’unité nutritive à meilleurcompte que beaucoup de ces derniers.

Mais il restait un obstacle : l’impôt très lourdqui frappe le sucre. Cet obstacle fut levé parla loi de 1904, qui exempte de tous droits,après dénaturation, les sucres cristallisés titrantmoins de 95 0 saccharimétriques.

Malgré tout, l’utilisation du sucre pour lanourriture des animaux ne parvint pas àprendre un réel essor. C’est que, circonstanceheureuse, les prix de cette denrée ne tardèrentpas à se relever.

Il existe d’ailleurs une substance qui permetde façon plus économique et, dès lors, pluspratique d’introduire le sucre dans l’alimentationanimale. C’est la mélasse, longtemps méconnue,maintenant très appréciée à la suite des étudesrécentes dont elle a été l’objet. Résidu de lafabrication du sucre, elle est riche en saccharose.Les sels alcalins dont elle est chargée lui con-fèrent en outre des propriétés laxatives précieusesà dose modérée. Grâce à elle, on prévient lescoliques si fréquentes et si redoutées chez leschevaux fortement nourris.

Depuis 1897, la mélasse destinée aux animaux

ne paye plus de droits. Son prix varie aveccelui de l’alcool, dont elle est une des matièrespremières. Il est parfois si bas (à peine 7 francsles 100 kilos en 1901), que la mélasse est, sanscontredit, le plus économique des aliments ducommerce; à d’autres époques, il s’élève beaucoup(15 francs au moins en 1910), sans qu’elle cessede concurrencer avec avantage les fourragescoûteux, l’avoine par exemple.

En raison de sa viscosité, la mélasse bruteest d’un maniement laborieux. On peut la rendreplus facile à distribuer en l’incorporant à desexcipients divers. Beaucoup sont utilisés, depuisla tourbe inerte jusqu’aux plus riches tourteaux.On obtient ainsi des fourrages mélassés très variés.Leur fabrication, qui exige un outillage spécial,ne se fait guère à la ferme. Une industrie nou-velle est donc née, qui s’occupe de la préparationde ces fourrages et de leur écoulement.

Rien ne traduit mieux la faveur dont jouitla mélasse, comme aliment, que la progressionconstante des quantités employées à cet usage :1 562 tonnes en 1900-1901, 11 112 en 1901-1902,32246 en 1905-1906, enfin 56221 en 1909-1910,dont plus de 43 000 à l’état de fourrages mélassés.Le chiffre de la dernière année représente environle quart de la production totale française. Siles prix de la mélasse subissaient une baisseappréciable, cette proportion augmenterait bienvite au grand profit de l’élevage.

A. MALLÈVRE,

Professeur àl’Institut NationalA gronomique.Secrétaire généraldes Congrèsde VAlimentationrationnelle du Bétail.