PRÉFACE DE L’ÉDITEUR.
La nouveauté de ce livre n’est pas dans son sujet; ce n’est nil’Allemagne , ni l’Italie sur lesquelles il s’est fait et se fera encoretant de phrases en prose et en vers. Ce n’est pas non plus notrelitre de Promenades d’un artiste : c’est la manière piquante, in-structive et philosophique avec laquelle notre spirituel anonymenous fait faire route avec lui. Le voyageur français retrouve lessites , les monumens, les mœurs, à la mèmè place où les a lais-sés , l’an passé, le touriste anglais : mais le voyageur français ob-serve là où le touriste anglais n’a fait que dîner. L’un écrit unlivre amusant et instructif, l’autre un Indicateur des bonnes au-berges, ou bien un journal admiratif commençant par très beauet finissant par magnifique. Le premier voyage pour augmenter lasomme de ses idées et pour faire partager ses émotions et ses sur-prises à ses lecteurs; l’autre, pour augmenter la somme de ses con-naissances culinaires, et approvisionner d’un texte d’almanach lesentrepreneurs de Keepsakes. Notre Artiste diffère essentiellementdes touristes anglais , par le sens et le goût de l’observation, et aussiparun appétit discret qui fait qu’il nous parle moins longuementde sa table d’hôte et plus longuement des beautés instructives despays qu’il parcourt.
Narrateur du présent et du passé, il interrompt, à'propos, le cha-pitre toujours un peu fastidieux de la description pour évoquer lessouvenirs historiques devant le site, le château, l’église, l’hôtel-de-ville dont la vue lui rappelle soit un fait important du passé, soitun hommecélèbre, soitun conte, une légende empruntée à la chroni-que locale. Touta du charme, quand tout estbien dit, et surtoutdatédes lieux où la tradition a encore, dans le peuple des campagnes, sespeureux et ses fidèles. Pour l’Allemagne , en particulier, c’est le longdes bords du Rhin , au pied des ruines pendantes, des châteaux go-thiques, que notre voyageur a fait provision de sa meilleure érudi-tion en ce genre. Toute l’épopée religieuse de la vieille Allemagne féodale est là : mais pour l’y trouver, il ne faut pas se contenter deregarder les ruines du fond de sa voiture ; il faut y grimper avec sespieds et ses mains, se désheurerde ses repas, payer de sa personne,estropier l’allemand pour tirer quelque chose par la conversationdes gens de l’endroit. Or combien peu se donnent cette peine-là?