LES ARTS ET METIERS ILLUSTRES.
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On ne se rend pas generalement compte, en effet, du gout, del’habilete, des soins minutieux, qu’exige la pratique de cet art; commeon ne peut croire, ä moins d’etre temoin du phenomene, que ce sou-lier de satin blanc, cette bottine ou cette mule de satin rose ou bleude ciel aient pu sortir brillants, immacules, moules a ravir comme lesvoila, des mains poissees de l’humble artisan. Dans une autre branchede cet art, on voit executer des bottes en simple cuir noir, cire ouverni, qui sont de purs chefs-d’oeuvre, aux formes sculpturales, quine font point seulement ressortir le moulage parfait d’un pied elegant,mais attenuent, font totalement disparaitre, parfois, les defectuositesd’un pied mal bati. — Mais les vieux bottiers regrettent avec unereelle amertume de n’avoir que des occasions trop rares de deployerleurs talents, et nous ne pouvons que leur faire echo de tout notrecoeur : la vraie chaussure de l’homme, c’est la botte.
Un ecrivain special a caracterise ainsi non la profession de cor-donnier, mais celui qui l’exerce :
Pour l’ouvrier cordonnier, sa personnalite se dessine a diversdegres, dans \'Schoppe, la boutique etle magasin; ailleurs eile porte lenom de chamberlan, mais alors eile est perdue dans les catacombesdes garnis, c’est-a-dire dans l’ocean des infirmites sociales. — Pene-trons dans l’echoppe, la boutique et le magasin, oü nous trouveronsl’ouvrier dans ses diverses transformations.
L’ECHOPPE. — Qui pourra nous reveler les mysteres de VSchoppe?Quatre plancbes clouees ensemble, une mauvaise toile ciree en guise detoit et la terre nue pour sol, teile est l’echoppe dans sa constructionrudimentaire. Jetez-la dans l’angle obscur d’une rue perdue et ignoree,et vous en aurez fait une demeure qu’habitera un ouvrier. Quel est-il,cet höte mysterieux de ce reduit forme ä la häte d’un bois vieux etpourri? Ge qubl est? Ecoutez son histoire ou plutöt le recit de sonexistence.
S’il est jeune, pousse par 1’ambition, il voudra jouir de son inde -pendance et travailler pour son compte. Ses ressources pecuniairesne lui permettent point de s’etablir convcnablement ailleurs. II desertele garni et trouvant sur ses pas un c-oin obscur de la eite, un lieuperdu dans cette immense Babylone que l’on appelle Paris , il y plantesa tente et se proclame, seul. cordonnier en neuf et vieux.
Plus laborieux encore qu’ambitieux, il travaille pour se creer unavenir heureux, qu’il caresse dans ses reves de savetier. N’a-t-il pasdevant lui, comme pour l’encourager, l’exemple de Villette , le celebre