7
les dieux au soleil. Cette partie est originale, autantque les travaux d'érudition le peuvent être. Dansle reste du livre, il a beaucoup pris à Aulu-Gelle età Sénèque le moraliste.
Le deuxième livre est le plus original et le plusvulgairement connu de l’ouvrage de Macrobe . C’estun recueil d’anecdotes, de plaisanteries, de bonsmots, même de calembours, en un mot un véri-table ana. La plupart des choses qu’il renferme,ne se trouvent que là ; et nous les ignorerions entiè-rement, si Macrobe avait négligé de nous les trans-mettre. La seconde partie du deuxième livre estremplie par des détails très-curieux sur les moeursdomestiques des Romains, leur cuisine, leurs mets,les fruits qu’ils consommaient, et diverses particu-larités de ce genre.
Depuis le troisième livre jusqu’au sixième inclu-sivement, les Saturnales deviennent un commen-taire approfondi de Virgile , considéré sous diversrapports. Dans le troisième livre, on développe lesconnaissances du poëte latin, concernant les riteset les croyances de la religion. Dans le quatrième,on fait voir combien toutes les ressources de l’artdes rhéteurs lui ont été familières, et avec quellehabileté il a su les employer. Le cinquième n’estqu’un parallèle continuel d'Homère et de Virgile ,ou sont signalés en même temps les nombreuxlarcins que le dernier a faits au poëte grec. Ce queVirgile a emprunté aux poètes de sa nation estdévoilé dans le sixième livre, où sont aussi déve-s, d’après les ouvrages de Virgile , quelquespoints curieux d’antiquité.
Le septième livre est imité en grande partie duSymposiaque (repas) de Plutarque . On y trouvediscutées plusieurs questions intéressantes de phy-sique et de physiologie; on y remarque des exem-ples curieux de la manière dont les sophistes sou-tenaient le pour et le contre d’une même thèse.
Sans doute la latinité de Macrobe se ressent dela décadence de son siècle ; mais il faut conveniraussi que les defauts de son style ont été beaucoupexagérés par les critiques anciens, qui, pendantlongtemps, n’ont eu sous les yeux qu’un texte mu-tilé et totalement défiguré. On lui a surtout repro-ché ses plagiats avec beaucoup d’amertume. Eras-me 1 l’appelle Æsopica cornicula . qux ex
alioruin pannis suos coniexuit centones. Non lo-quitur, et si quando loqiii/ur, grxculum latinebatbutire érodas. Vossius le qualifie de bononnnscriptorum laoernam. Muret 1 dit assez plai-samment : Klacrobium . factilasse eandem
artem,quant plerique hoc seculo jaciunt, qui liahumani a se nihil alienum putnnt, ut alienisxque utanliu ac suis. Ange Politien et Sealigerle père ne lui sont pas moins défavorables. Un re-proche qu’ils ne lui ont pas adressé, quoiqu'ilseussent pu le lture avec beaucoup de justice, c’est
1 Oesiderii KlUSJlI Optra; Lugd. Batav., i 7 „.> ,,
vol. ln-fol. (Dialogue ciccronianus, sive de optimo genredicendi, l. U P- *007.)a in Senec. de Bciwjiciis, I. lll.
le défaut absolu de méthode, et le désordre completqui règne dans son ouvrage. Encore aurait-il pus’en excuser par la licence que lui donnait à cetégard le genre de la conversation qu’il a adopté.Au reste, la manière modeste dont il s’exprime danssa préface aurait dd lui faire trouver des jugesmoins sévères. En effet, il n’a pas prétendu faireun ouvrage original ; seulement il réunit dans unseul cadre, pour l’instruction de son (ils, le résul-tat de ses nombreuses lectures. Il le prévient qu’iln’a point eu dessein défaire parade de son éloquence,mais uniquement de rassembler en sa faveur unecertaine niasse de comlaissances; enfin, il a eugrand soin d’avertir le lecteur que plus d’une foisil avait copié jusqu’aux propres expressions des au-teurs cités par lui. Tous les critiques ne sont pasrestés insensibles à cette modestie. Thomasius 1se croit bien obligé de lui assigner un rang parmiles plagiaires; mais il convient que ce rang est l’undes plus distingués. Le P. Vavasseur 2 remarqueque s’il emprunte souvent, souvent aussi il produitde son propre fonds. Cadius Rhodiginus 3 l’appelleautorem exceltentissimum, et virum recondiixscientix.
Mais ce sont surtout les critiques modernes quiont rendu à Macrobe une justice pleine et entière.L’éditeur dePadoue (1er. Volpi) dit avec beaucoupde justesse dans sa préface : Nemo j'ere illormn quisludia humani/atis cum disciplinis gravioribusconjimgere amant, oui Macrobii scripla et gralaet explarata non sunt. Cbompré, qui, dans sonrecueil d’auteurs latins à l’usage de la jeunesse , ainséré des fragments du onzième chapitre du pre-mier livre et des deuxième et cinquième chapitresdu deuxième livre des Saturnales, avec la traduc-tion de ces morceaux, s’exprime ainsi 4 : « S’il y a« un livre à faire connaître aux jeunes gens, c’est« celui-là. Il est rempli de choses extrêmement uti-« les et agréables ; le peu que nous en avons tiré« n’est que pour avertir les étudiants qu’il y a un« Macrobe qui mérite d’être connu et lu. » Enfin,M. Coupé, qui, dans ses Soirées littéraires 5 ,a consacré un article à Macrobe , et traduit à samanière, c’est-à-dire analysé vaguement, quelquesmorceaux des premier, deuxièmeet septième livres,après plusieurs autres choses flatteuses pour notreauteur, dit : « Voilà tout ce que nous dirons de cet« auteur charmant, à qui nous désirons un traduc-« teur. »
Nous avons en notre langue un ouvrage anonymeen deux volumes in-12, intitulé Les Saturnalesfrançaises. La seule ressemblance qu’on y remar-que avec celles de l’auteur latin, c’est qu’elles sontdivisées en journées. La scène se passe, pendant les
1 Dissertalio de plagia litlcraria; Lipsiæ , 1073, in-i”(8 603.)
3 De ludicra secliane, section lll , 8 2.
3 Lectiones antigua , I. xiv, c. 5.
'* Selecta lalini sermonis cxcmplaria, 1771, 0 vol. in-J-,t. m. — Traductions des modèles de latinité, 1740-71, o vot.in 1-2, t. m
5 T. iy.