DE LA LANGUE LATINE LIV. IX.
561
53. On objecte encore qu’il y a des’mots qui,comme capul (tête), ont une déclinaison, maisn’ont point d'analogues. Je réponds que ce quiest unique exclut nécessairement l’idée de rap-port, et qu’il faut au moins deux mots pour qu’ily ait matière à analogie. Aussi a-t-on raison dedire que l’analogie ne se trouve pas là. — 54 .Mais quant à nihil, on retrouve la trace de sonanalogie dans le cas direct nihilum, qui se litdans ce passage d’Ennius : Quœ... neque dis-pendi facit hilum, qui équivautà nec dispendiifacit quidquam et dans le cas oblique, nihili,dont s’est servi Plaute : Video en'im te nihili ,etc. Nihili est un mot composé de la négationnon et de hili : de là homo nihili, un hommede rien, qui non hili est. Il est indéclinable, etnous disons homo nihili , hominis nihili, homi-nem nihili. S’il était déclinable, nous dirions ni-hilum et nihilo, comme on dit linurn et libum,lino et libo. On pourrait, au reste, y voir ungénitif régi par des antécédents, comme danshic casus Terentii, hune casum Terentii; hicmiles legionis, hujus militis legionis, hunemilitem. legionis.
55. Puisque toute nature est ou mâle ou fe-melle ou neutre, les formes de chaque mot de-vraient , dit-on, correspondre à cette triple dis-tinction, comme albus,alba, album. Or beaucoupde mots n’ont que deux formes, comme Metel-lus, Metella; Ennius, Ennia; d’autres n’enont qu’une, comme tragædia, comœdia. Ondit MarcuseX Numerius, corvuseUurdus (grive);mais Marca et Numeria, corva et turda, sontinusités. On dit, au contraire, panthera et me-rula (merle), et l’on ne dit pas pantherus et [
53. Quod dicunt, esse quædam verba, quæ habeantdeclinatus ut caput, quorum par reperiri quod non pos-sit, non esse analogias : respondendum, sine dubio, siquod est singulare verbum, id non habere analogias. Mi-nimum duo esse debent verba, in quihus sit similitudo.Quare in hoc tolhint esse analogias. — 54. Sed in nihil vo-cabulum recto casu apparet in hoc :
Quæ dédit ipsa capit, neque dispendi facit hilum;quod valet nec dispendii facit quidquam. Idem hoc obliquo apud Plautum :
Video enim te uihili pendere præ Philolache omneis ho-mmes;
quod est ex ne et hili ; quare dictus est nihili qui nonhili erat : casu non mutante, cum commutatur de quo di-citur. De homine dicimus enim, hic homo nihili est, ethujus hominis nihili, et hune hominem nihili. Si in illocommutaremus, diceremus, ut hoc linurn et libum, sicnihilum, non hic nihili, et ut huic lino et libo, sic ni-hilo , non huic nihili. Potest dici patricus casus, ut eipræponantur prænomina plura, ut hic casus Terentii,hune casum Terentii ; hic miles legionis, hujus militis le-gionis, hune militem legionis.
55. Negant, cum omnis nalura sit aut mas aut feminaaut neulrum, non debuisse ex singulis vocibus ternas vo-cabulorum tiguras fieri, ut albus, alba, album ; nunc
VXKKOiX.
merulus. Le sexe de nos enfants est toujoursdésigné par des noms distincts, comme Terentiuset Terentia. Il n’en est pas de même des enfantsdes dieux et des esclaves. Ainsi l’on ne dit pasJovis ou Jova, pour désigner un fils ou une filledu maître des dieux. Enfin, dans une foule demots de cette espèce, l’analogie n’est point ob-servée. — 56. A cela je réponds que, bien queles différences naturelles des choses ne laissentpas d’exister indépendamment des mots, cesdistinctions ne passent pas dans le langage, lors-que l’usage n’en tient pas compte. Ainsi on ditequus (cheval) et equa (cavale), parce que, dansl’usage, 011 distingue le mâle de la femelle; maison dit cornus (corbeau) pour désigner lè mâle etla femelle, parce que la distinction de la naturemâle et femelle de cet oiseau nous importe peu.C’est pourquoi certains noms ont, avec le temps,subi des modifications. Anciennement columba(colombe) désignait indistinctement le mâle et lafemelle, parce que cet oiseau n’était d’aucunusage; mais aujourd’hui qu’il est devenu unechose d’usage, le langage a dû adopter la distinc-tion de la nature : aussi dit-on columbus pour lemâle, et columba pour la femelle. — 57. Lors-que la nature d’une chose comporte les troisgenres, cette distinction doit passer dans le lan-gage. Ainsi l’on dit doctus, docta, doctum,parce que la science peut être considérée, ou parrapport à une chose, ou par rapport à un homme,ou par rapport à une femme. La nature mâle ,ni la nature féminine, ni la nature neutre, ne com-portent ces trois genres. C’est pourquoi l’on ne ditpas feminus,femina,feminum, etc.; et chacunede ces natures est désignée par un nom distinct
fieri in multis rébus binas, niMetellusMetella, EnniusEnnia; nonnullis singula, ut tragædia, comœdia; sicesse Marcum, Numerhim, at Marcam,at Nunieriam«onesse; dici corvom, turdum, non dici corvam , tur-dam; contra dici pantheram, merulam, non dici pan-therum, merulum. Nullius nostrum filium et filiara nonapte discerni marem ac feminam, ut Terentium ctTeren-tiam ; confia deoruin liberos et servorum non itidem, utJovis filium et filiam Jovem et Jovam : item magnum nu-merum vocabulorum in hoegenerenon servare analogias.
56. Ad hæc dicimus , omnis orationis, quamvis resnatur<isubsit, tamen si ea in usum non pervenerit, eo non per-venire verba ; ideo equos dicitur et equa; in usu euimhorurn discrimina ; corvos et corva non, quod sine usuid,quod dissimilis natura. Itaque quædam aliter olim acnunc : nam erat cum omnes mares et femina! dicehantnrcolumbœ, quod non erant in eo usu domestico quo nunc;nunc contra propter domesticos usus quod internovimus,appellatur mas columbus, femina columba — 57. Natu.acum tria généra transit, et id est in usu discrimiuare : to-tum denique apparet, ut estin doctus et docta et doctum;doctrina enim per tria bæc transire potest, et usus docuitdiscrimiuare doctam rem ah hominihus et in his maremac feminam. In mare et femina et neutro neque naturamaris transit, neque feminæ, neque neutra; et ideo non
30