5fi0
VARRON.
la variété nous plaît dans les meubles, dans lesvêtements, qui ne sont pas les mêmes pour leshommes que pour les femmes. A cela je répondsque si la variété est une cause de plaisir, rienn’est plus varié que les objets où la similitudes’allie à la dissimilitude. C’est le but qu’on sepropose dans les ornements du langage, commedans les ornements d’un meuble, où le contrastede l’argent et du bois n’exclut pas la similitude.
— 47. Mais pourquoi, dit-on, si la similitudeest une loi inviolable, prenons-nous plaisir àavoir des lits en ivoire, en écaille, etc. ? A cela jeréponds pareillement que, dans cette variété, lecontraste n’exclut pas davantage la parité ; et jeprends encore l’ameublement pour exemple. Dansune salle à trois lits, ces trois lits ne sont-ils pastoujours de la même matière, de la même hau-teur, de la même forme? Les serviettes, les cous-sins , enfin toutes les choses qui sont de la mêmeespèce ne sont-elles pas semblables entre elles?
— 48. Mais, dit-on, puisque le langage a pour
fin l’utilité, c’est l’utilité, et non la similitude ,qu’on doit se proposer en parlant. J’accorde quele langage a pour fin l’utilité, mais qu’il en estdu langage comme de l’habillement. Ainsi, chezles hommes, la tunique et la toge ont une formecommune ; et, chez les femmes, l’étole et le pal-lium ont également une forme commune. Pareil-lement, dans le langage, quoique les mots aientété créés pour l’utilité, nous devons observer lasimilitude dans ceux qui sont du genre masculinet dans ceux qui sont du genre féminin.
49. On infère de ce que la déclinaison de...elrde percubuit, n’est pas conforme à celle depersedit et de perstüit, que l’analogie n’existepas. Or, cette induction est fausse, en ce que
sit, nisi etiam nos calceos negabunt habere, quod in ma-jore parte corporis calceos nonhabeamus.
46. Quod dicunt, nos sequi dissimilitudinem , itaque investitu , in supellectile delectari varietate, non paribussubuculis uxoris : respondeo, si varietas jucunditas, ma-gis varium esse , in quo alia sunt similia , alia non sunt :itaque sicut abacum argento ornari, ut alia paria sint,alia disparia, sic orationem. —47. Rogant, si similitudosit sequenda, cur rnalimus habere lectos alios ex ebore,alios ex testudine, sic item genere aliquo alio. Ad quædico non dissimilitudines solum nos, sed similitudinesquoque sequi sæpe : idque ex eadem supellectili licet vi-dere; nam nemo facit triclinii lectos, nisi pareis et mate-ria et altitudine et figura. Quis facit mappas trinclinia-reis non similis inter se? quis pulvinos? quis denique cae-tera, quæ unius generis sint plura? — 48. Cum,inquiunt,«tilitatis causa introducta sit oratio, sequendum non quæbabebit similitudinem , sed quæ utilitatem. Ego quidemutilitalis causa orationem factam concedo, sed ut vesli-mentum; quare ut hic similitudines sequemur, ut virilistunica sit virili similis, item loga togæ, sic mulierum stolaut sit stolæ proportioue et pallium pallio simile : sic cumsml nomma utilitalis causa, tamen virilia inter se simi-lia, item muliebria inter se sequi debemus.
49. Quod aiunt ut persedit elperstitit, sic... percu-
percvbuit et... n’bnt point la même racine quepersedit et perstitit, l’analogie consistant seule-ment dans la conformité des dérivés et des raci-nes. — 50. Les objections tirées de ce qu’on ditRoma et non Romula , de Romulus, et de cequ’on dit ovilia de ovis , tandis que bovilia, debos, bovis, est inusité, ne sont pas mieux fon-dées, parce que l’analogie ne consiste pas àétendre la forme du nominatif d’un mot à un au-tre mot, mais seulement â observer la similirtude dans les cas obliques de deux mots sem-blables.
51. On ne décline pas, dit-on, les noms deslettres latines, et par conséquent l’analogien’existe pas. Je réponds que, en prétendantqu’on doit décliner des mots dont la nature necomporte pas la déclinaison, on oublie que l’a-nalogie consiste uniquement dans la conformitéde la déclinaison des mots semblables. Or, lesnoms des lettres ne sont pas plus susceptibles dedéclinaison que les syllabes, dont la forme estnaturellement invariable : hoc ba, hujus ba, etautres.— 52. Que si l’on veut que l’analogie s’é-tende atout sans exception, j’y consens ; car, demême que mes adversaires eux-mêmes reconnais-sent qu'il y a des mots qui ont cinq cas, d’autresquatre, d’autres moins, on peut dire aussi qu’ily a des mots qui, comme les lettres et les sylla-bes , n’ont qu’un cas • et par conséquent, de mêmeque, parmi les mots qui ont plusieurs cas, ilscomparent entre eux, pour constater l’existencede l’analogie, ceux qui en ont quatre, ceux quien ont trois, etc., de même, parmi ceux quin’en ont qu’un, ils seront forcés de reconnaîtrequ’en disant hoc E, huic E, comme on dit hocA , hmc A, l’analogie est observée.
buitquoniam non sit, non esseanalogiam, velin lioc errant,quod duo posteriora ex prioribus declinata non sunt, cumanalogia polliceatur ex duobus similibus similiter declina-tis similia fore.—50. Qui dicunt, quod sit ab Romulo Ito-ma et non Romula, neque, ut ab ove ovilia , sic a bovebovilia, non esse analogias, errant, quod nemo polliceture vocabulo vocabulum declinari recto casu singulari inrectum singularem, sed ex duobus vocabulis similibuscasus similiter declinatos similes fieri.
51. Dicunt, quod vocabula literarum Latinarum nondeclinentur in casus, non esse analogias : lii ea quæ na-ture declinari non possunt, eorum declinatus requiruin,proinde ut non ea dicatur esse analogia, quæ ab similibusverbis similiter esset declinata. Quare non solum in voca-bulis literarum hæc non requirenda analogia, sed ne insyllaba quidem ulla, quod dicimus hoc ba, hujus ba, sicalia.—52. Quod si quis in hoc quoque vclil dicere esseanalogias rerum,tenere potest; ut enim dicuut ipsialianomina, habere quinque casus, alia quattuor, sic minusalia : dicere poterunt esse literas ac syllabas in vocibus,quæ singulos habeant casus. In rebus plurtmis quemadmo-dum inter se confèrent ea, quæ quaternos habebunt vo-cabula casus, item ea inter se quæ ternos : sic quæ sin-gulos habebunt, ut conférant inter sedicentes, ut sit hocA , huic A, esse hoc E, huic E.