624 POMPONIUS MELA.
Pont-Euxin jusqu’à l’Illyrie. Cette région ne pré-sente ni les agréments d’un beau ciel, ni les res-sources d’un bon sol, et si l’on en excepte ses par-ties maritimes, elle est partout froide et stérile;partout elle rend comme à regret les semencesqu’on lui confie. Les arbres fruitiers y sont très-rares. La \igne y est plus commune ; mais les rai-sins n’y parviennent encore à leur maturitéqu’autant qu’on a la précaution de les abriter dufroid en les recourbant sous les feuilles. Les hom-mes y sont plus favorisés de la nature, non passous le rapport des formes, car on ne voit en-core dans ce pays que des physionomies dureset sauvages, mais sous celui d’une populationaussi nombreuse qu’elle est barbare.
La Thrace fournit peu de fleuves à notre mer,mais ils sont très-célèbres : tels sont I’Hèbre (a),leNestos (ô) et le Strymon (c). Dans ses partiesintérieures s’élèvent l’Hémus (d), leRhodope ( e)et l’Orbelos (/), montagnes célèbres par les fêtesde Bacehus et les orgies des Ménades, instituéespar Orphée. De toutes ces montagnes l’Hémus esttellement élevé, que de son sommet on découvrele Pont-Euxin et la mer Adriatique.
Quoique ne formant qu’un même corps de na-tion , les Thraces se distinguent entre eux et parles noms et par les mœurs. Quelques-uns, tels queles Gètes, sont intrépides et affrontent la mort. Cemépris de la vie tient à des opinions différentes :les uns pensent que les âmes des morts reprendrontune nouvelle existence; les autres, que si elles nereviennent pas, ce n’est pas qu’ellessoient anéan-ties, mais c'est qu’elles passent à une conditionplus heureuse : d’autres, enfin, qu’elles meurent
(a) Le Maritzu , neuve de la Romélie, dont le cours est d’environquatre-vingts lieues. — (6) Le Kara-Sou (Eau noire), rivière d'en-viron trente-cinq lieues de cours. — (c) Appelé aussi Kara-Sou,rivière dont le cours est d'environ quarante-cinq lieues. — ( d ) LeBalkan. —(e) Le Despoto dagh. — if) VEgrl-sou-dagh.
en effet, mais que la mort est préférable à lavie. De là vient que dans certains endroits oupleure sur les accouchements et sur le sort desnouveau-nés, tandis qu’au contraire on y célè-bre les funérailles comme des fêtes solennelles etsacrées, par des chants et des réjouissances. Lesfemmes même dans ce pays ont une grande forcede caractère. Elles n’ont rien tant à cœur qued’être immolées sur les cadavres de leurs épouxet d’être renfermées dans le môme tombeau; etcomme plusieurs femmes appartiennent à la foisau même homme, elles se disputent vivement lapréférence devant ceux qui doivent juger laquelleest la plus digne d’un tel honneur. Cette préfé-rence est toujours le prix de la meilleure conduite.L’épouse qui l’emporte est au comble delà joie,tandis que ses rivales gémissent et s’abandon-nent au plus affreux désespoir. Ceux qui veulentapaiser leur douleur portent vers le bûcherdes présents et des armes, déclarant qu’ils sontprêts à traiter ou à se battre avec le génie dudéfunt ; et si ce défi reste sans réponse, nos jeu-nes veuves forment de nouveaux nœuds. Les pa-rents, chez les Thraces, ne choisissent point d’é-poux à leurs filles: ils les vendent à l’enchère,ou les donnent avec une certaine somme à quiveut les épouser. La beauté et les mœurs établis-sent la différence des marchés. On vend celles quisont belles et vertueuses ; on paye ceux qui veu-lent se charger des autres. Plusieurs de ces peu piesignorent l’usage du vin ; mais ils savent y sup-pléer dans leurs repas, en jetant, sur les feux au-tour desquels ils se réunissent, certaines semen-ces dont l’odeur forte les enivre et leur inspirede la gaieté.
Sur les côtes (a), Istropolis est près des bords de
(fl) Kara-Kerman (ville noire), petite ville fortiûée sur la merNoire, au sud des bouches du Danube.
pelagoque contingitnr. Regio nec cœlo læta, nec solo; et,nisi qua mari propior est, infeennda, lïigida , eorumque,quæ seruntur, maligne admodum patiens, raro usquanipomiferam arborent, vitem frequentius tolérât : sod necejus quidem fruclus matnrat ac mitigat, nisi ubi frigoraobjecta frondium cultores arcucre. Viros benignius alit ;non ad speciem tamen ; nam et illis asper atque indecenscorporum habitus est ; cæteruin ad ferociam et numerum,ut irndti inmiitesque si ut, maxime ferax.
Paucos arnnes, qui iu pelagus evadunt, verum celeberri-mo6, Hebrum et .Veston, et Strjmona emittit. Montes in-terior attollit, Hæmon, et Rbodopen, et Orbelon, sacrisI.ibcri patris, et cietu Mænadum , Orpbeo pnmum ini-tiante, celebratos. E quts Hæmos in tantum allitudi-nis abit, ut Etixinum et Hadriam ex summo vertice osten-dat.
Ena gens, Thraoes, habitant, aliis aliisque præditi etnominibus et inoribus. Quidam feri sunt et ad mortemparatissimi, Getæ utique. Id varia opinio perlicit : aliiredituras putant animas obeuntium ; alii, etsi non redeant, non exstingui tamen, sed ad beatiora transire; alii,
emori qùidem, sed id melius esse, qnam vivere. ItaqueIngentur apud qnosdam puerperia, natique dedentur :funera contra Testa sunt, et, veluti sacra, cantu lusnquecelebrantur. Ne feminis quidem segnis est animus. Supermortuorum virorum corpora interfici simnlqiie sepeliri,votum eximium habent : et quia plures simul singulisnuptæ sunt, cujus id sit deens, apud judicaturos magnocertamine affectant. Moribtis datur, estque maximelælum,cum in hoc conlendilnr, vincere. Mœrent alite vocibus, etcumacerbissimis planctibus efferunt. At qnibus consolarieas animus est, arma opesque ad rogos déférant; parati-que, ut dictitaut, cum fato jacentis, si delur in manus,vel pacibd, vel decernere, ubi nec pugnæ nec pecunitclocus sit, manent dominas proci. N’upluræ virgines non aparentibus viris traduntur, sed publiée aut locanlur du-cendæ, aut veneunt. Utrnm liât, ex specie et moribnscausa est. Probæ formosæque in pretio sunt : cæterasqui habeant, mercede quoeriintur. Vini tisus quibusdamignotus est : epulantibus tamen ubi super ignés, quos cir-cumsident, quædam semina ingesta sunt, similis ebrietalihilaritas ex nidore conlingit.