_ 334 Histoire de Geneve.
1588* il promît quon attaqueroit le Duc dun autre côté par leDauphine. Le Prince s’appercevant de cet orage, voulut serendre maître de Lausanne & du Pais-de-Vaud, fous la con-duite du Baron d’Hermance, qui avoit des Troupes aux en-virons de Thonon & de Ripaille. Les Bernois sollicitez &sachant l'entreprise du Duc sur leur Païs, n’eurent pas de lapeine à se refondre.
2. Avril. Cependant les Genevois pressez par les Lettres de Sancy,
J 5 89* sortirent avec six Compagnies d’Infanterie & trois de Cava-lerie ,
entreprises dont on a parlé» on étoit ce-pendant dans des craintes & des agita-tions perpétuelles, qu’il n'y en eut enfinquelqu’une qui réussit, & qui portât lecoup mortel à la Liberté. Dans cettesituation, il y avoit long-tems que plu-sieurs Citoyens auroient souhaité que l’oc-casion se fut rencontrée, de se délivrerde ces inquiétudes , par une Guerre avan-tageuse à la République ; mais leur ar-deur avoit toujours été surmontée par laprudence de ceux qui n’étoient pas d’a-vis qu'on s’y engageât témérairement.On continua donc de prendre patience.Les choses étoient dans cette situationnu mois de Juillet/dc satinée i;88- lorsqu’on eut des avis que le Duc de Sa-voye failbit de grands préparatifs deGuerre, qu’il levoit des Troupes en Pié-mont & en Italie, qu’il attendoit un se-cours d’Espagnols, Sc qu’il faisoit garnir« Artillerie & de Munitions , ses Placestortes de Savoye, le tout dans le des-sein de faire des efforts pour recouvrer lePais-de-Vaud , Sc s’emparer de Geneve.Ces avis se confirmant de tous cotez,on en fit part aux amis de la Républi-que; Mais forage tomba fur le Marqui-sat de Saluces. Au mois de Decembrede cette année 1588. l’on découvrit uneentreprise sur Lausanne , dans laquellequelques-uns de cette Ville là , d’intelli-gences avec l'ennemi , avoient trempé ;elle devoir être" executée par les Trou-pes qui étoient à Thonon Sc à Ripaille,où il s’étoit tenu peu de jours aupara-vant une Alíemblée de la Noblesse duPais, pour concerter les moyens de la
faire réussir; ce qui avoit donné occa-sion aux Seigneurs de Berne , de fairepasser quelques Compagnies dans le^aïs-de-Vaud. Cependant ils ne trouvèrentpas à propos d’eutrcr encore en Guerre,Sc il y a aparence , qu’il se lèroit passébien du tems , avant qu’ils s’y détermi-nassent, si le Sieur de Sancy, que le Roide France, irrité de l’invasion du Mar-quisat de Saluces , leur avoit envoyé ,ne les eut fortement sollicitez. Il ne se-ra pas inutile de raporter ici ce que ditMêlerai Historiographe de France , furle sujet de son voyage. „Le Roi, ditB rer Auteur , crut le coníeii que lui avoitB donné Hicolas de Harlai Sancl - , Cctoit„de faire amitié particulière avec les Can-etons Protestans des Suisses , beaucoup«plus puissans que les autres , Sc alors«fort disposez à joindre leurs forces aux^siennes, à cause de la haine qu’ils por-«toient au Duc de Savoye , qui après«avoir conquis le Marquisat de Saluces,«se préparoit pour opprimer Geneve . 2e«par ce moyen leur ôter le seul pastage«par où ils pouvoient recevoir du secours«de France, ou y en porter. Il dépêcha«donc Sancl, en ce Pais-là, où il avoit«de très particulières habitudes , pour yr avoir été Ambassadeur , Sc lui donna«une commission très ample , mais fans«un fol , pour contraster Alliances Sc sai-«re Traitez, non seulement avec les Suis-«ses, mais encore avec tous les Princes«Allemands, Sc les exhorter à l’assister«d’hommes Sc d’argent *.«
Sand allant à Berne, avoit passé parGeneve, au commencement du mois de
février
* Mezeray ,Iìijìoire deFrance ,tom z°.Pag. 74»-Edit. de16SS.