Buch 
Le vingtième siècle / texte et dessins par A. Robida
Entstehung
Seite
92
JPEG-Download
 

92

Le Vingtième Siècle.

plus en plus rares, non que la prose de nos auteurs dramatiques soit moinschargée de qualités soporifiques que celle des vieux écrivains du siècle der-. nier, mais parce que nos dramaturges actuels ont soin de garnir leurs piècesde clous nombreux et de semer leur prose — ou leurs vers — de coups defusil, pistolet ou mitrailleuse, de pendaisons, guillotinades, dissections etautres attractions qui tiennent forcément l’esprit en éveil.

M. Ponto, ennemi des émotions violentes, avait un faible pour les bal-lets, genre de littérature éminemment somnifère. Pour les ballets surtout,

W.Jlui

CABINET PARTICULIER A LA TOUR DE NESLE.

le téléphonoscope est précieux; en assistant ainsi, pour la vingtième foispeut-être, à la représentation d’un ballet en vogue, M. Ponto avait fini pardevenir amoureux d’un premier sujet, la très charmante Rosa, ballerinedouée d’un grand talent et d’une pureté de lignes très appréciés des habi-tués de l’Opéra et des abonnés du téléphonoscope.

Au lieu de somnoler doucement dans son fauteuil, comme aux pre-mières représentations de son ballet, M. Ponto s’était mis, premier symp-tôme, à rester éveillé jusqu’à la fin. Puis le téléphonoscope ne lui avaitplus suffi et il était allé, pour voir M lle Rosa de plus près, jusqu’au foyerde l’Opéra, dont il avait été jadis un des fidèles.

M Ile Rosa n’était pas de marbre — on le savait — et elle ne se mon-tra pas cruelle du tout.

M. Ponto redevint, pour ses beaux yeux, un habitué du foyer de ladanse. Les jours où, par hasard, il ne pouvait voler jusqu’à l’Opéra, ilreprenait son téléphonoscope et suivait d’un cœur ému tous les pas de son