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Le vingtième siècle / texte et dessins par A. Robida
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Le Vingtième Siècle.

« Par la sang-Dieu ! une belle nuit pour une orgie à la tour ! leshuîtres sont exquises ! » ne manque pas de dire le patron du restaurant enallumant un feu de Bengale au pied de son castel à l’arrivée de chaqueclient.

M. Ponto avait donc gaiement soupé tout en haut de la tour, dans uncabinet tendu de drap noir, semé de larmes d’argent, de lions héraldiquestirant une langue rouge et de potences en croix. Rosa avait ri énormémentet, au départ, avait tenu à embrasser sur son casque, le valet de pied enfouidans une armure historique, qui faisait faction sur la plate-forme de la tour.

c< Un aérocab ! » demanda Ponto en boutonnant son pardessus.

Le valet de pied bardé de fer alluma un feu de Bengale vert et tirala corde d’une cloche qui rendit un son lugubre. C’était le signal pour lastation d’aérocabs de la tour Saint-Jacques . Un de ces véhicules démarraet fut en une minute air sommet du restaurant.

M. Ponto allait reconduire la charmante Rosa jusqu’au délicieux petitappartement qu’il lui avait fait meubler sur les hauteurs de Saint-Cloud . Ildonna l’adresse au mécanicien et l’aérocab vira de bord.

Faut-il le dire ? M. Ponto s’endormit aussitôt. Il avait l’âme bien terreà terre, ce banquier, et la poésie n’était pas son fort. Paris la nuit ne l’inté-ressait même pas. Il ne donnait rien de plus qu’un regard dédaigneusementdistrait au magique spectacle présenté par l’énorme cité, fantastiquementéclairée par ses phares électriques à réflecteurs.

Sous l’aérocab planant à deux cents mètres, Paris prenait des aspectsdiaboliques; des masses confuses de maisons se déroulaient coupées par lesraies lumineuses des rues et striées soudain par des éclats de lumière, parl’étincellement des places et le flamboiement des monuments électriquementéclairés de la base au faîte. De distance en distance brillaient les pharesélectriques, placés soit sur de vieux monuments surélevés, soit sur desédifices spéciaux; pour aider à la circulation aérienne, ces phares ont desfoyers de formes variées et donnent une lumière de couleur différente pourchaque quartier. De la sorte, quand un aérocab arrive dans la zone bleue,devant un phare en forme d’étoile, le mécanicien sait qu’il est au-dessus duvieux quartier Saint-Denis ; le foyer du phare à la forme de croissant delune indique le quartier Bonne-Nouvelle et le foyer carré, toujours donnantune lumière bleue, annonce le faubourg Montmartre.

La nuit est donc à peu près supprimée ; à trois cents mètres d’altituderègne encore une sorte de crépuscule qui permettrait à la rigueur aux