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Le Vingtième Siècle.
chafouines et doucereuses qui donnaient à sa figure un caractère mélangéd’hypocrisie basse et de bestiale férocité.
Hélène alla s’asseoir avec un certain effroi au banc de la défense, àdeux pas du gredin. M? le Malicorne, avant de prendre la parole, communi-quait avec l’accusé et lui demandait des autographes et des nouvelles desa santé. Jupille, l’air ennuyé, bâillait au nez de la cour ; pour satisfaireson avocate, il emprunta une plume au greffier et se mit à bâcler les auto-graphes demandés.
Tout à coup, au moment où M lle Malicorne prenait son dossier desmains d’Hélène, pour y jeter un dernier regard avant de commencer saplaidoirie, l’accusé Jupille bondit sur son banc.
« Une estant ! fit-il d’une voix rauque en arrêtant M lle Malicorne,c’est pas vous que je veux, c’est cette petite-là !
— Plaît-il? fit M 110 Malicorne, se retournant étonnée vers sonclient.
— C’est pas vous, que je vous dis ! je vous récuse comme mon avo-cate, je vous retire ma confiance....
— Qu’est-ce à dire ?
— Rendez le dossier, que je vous dis ! passez-le à la petite... C’est ellequi me défendra.
— Mon ami, mademoiselle est mon secrétaire... elle débute aubarreau, elle porte la toge, mais elle n’est même pas avocate stagiaire !...
— Qu’ça m’fait ! j’ai le droit de m’en passer la fantaisie... C’est elleque je veux pour avocate ! voulez-vous que je vous dise? elle a une bonneballe, la petite ! j’ai idée qu’elle fera de l’effet sur les jurés... allons,larmoyez donc un brin, la petite avocate, que je voie un peu...
— Jupille, réfléchissez, mademoiselle manque encore d’expérience...
— Je suis entêté que je vous dis ! demandez-le plutôt à défunt matante !... je veux ma petite avocate, je m’y connais, peut-être, et si on me larefuse, j’en fais une maladie !
— Eh bien, soit ! mademoiselle vous défendra, mais je vais rester àses côtés pour l’aider de mes conseils.
— Mais je refuse, s’écria Hélène épouvantée, je n’oserai jamais... je nesais pas du tout ce que je pourrais dire...
— Je vous aiderai ! dit M lle Malicorne, ne craignez rien et rappelez-vous ce que je vous disais tout à l’heure : ce crime devait-il profiter à l’ac-cusé ?... »