106
Le Vingtième Siècle.
— Élève mon cœur.... non, mon âme, à la hauteur de...
— La difficile, mais noble mission !
— De la difficile, mais noble mission de défenseur d’un iuno....
— D’un grand coupable !
— D’un grand coupable, égaré par les sophismes d’une consciencefaussée et jeté dans le crime par... par...
— Par un concours de circonstances...
— Par un concours de circonstances fatales ! je trouverai dans moncœur, je l’espère, la force nécessaire pour expliquer par quelle suite inouïede nécessités inéluctables, Jupille a été amené, d’abord à envier la petitefortune de sa tante et ensuite à s’impatienter de la lenteur que cette petitefortune mettait à venir à lui, unique héritier de la vieille dame...
— Et père de famille ! souffla l’avocate.
— Père de famille, Jupille était aux prises avec toutes les difficultésde la vie, tourmenté .par d’âpres créanciers et poussé par mie adversitéconstante, par des échecs répétés, jusqu’à l’extrême limite du désespoir...
— L’ivrognerie... souffla M Ue Malicorne.
— Cette ivrognerie que le ministère public nous reprochait hier, repritHélène en consultant les notes de son dossier, je n’y vois autre chose quele refuge désespéré de Jupille contre les chocs de l’adversité ! Oui, dans ceshabitudes d’ivrognerie invétérées, je vois le dernier effort de l’âme cher-chant à s’échapper d’un abîme de misères. Dans ces excès alcooliquesrépétés, je vois la recherche de l’oubli, ce baume bienfaisant des douleursmorales ! et quant à la sauvage brutalité de Jupille, dont le ministèrepublic a voulu aussi faire un grief contre lui, elle témoigne tout simple-ment d’un défaut de caractère dont il faudra lui tenir compte tout à l’heure,quand nous discuterons les circonstances du meurtre ; car si nous défal-quons du crime en lui-même ce qui n’était d’abord que témoignages demauvaise humeur ou accès de brutalité, nous resterons en présence d’unsimple homicide par imprudence.
— Très bien ! dit Jupille.
— Les chagrins de Jupille ! souffla M Ue Malicorne, voyez mes notes,les effets sont indiqués !
— Sans vouloir faire de sentimentalité, reprit Hélène avec des larmesdans la voix, je vais tâcher d’expliquer l’état d’esprit de ce malheureuxJupille au moment de l’événement. »
Et, consultant les notes de M Uo Malicorne, Hélène entreprit une lamen-