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Le vingtième siècle / texte et dessins par A. Robida
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Le Vingtième Siècle.

sphère, depuis les cheminées des maisons jusqu’aux petits nuages blancsmoutonnant dans le bleu! Les aérocoupés et les ballonnières de maître,construits légèrement et supérieurement machinés, couraient en longuesfiles vers l’ouest, au-dessus de la grande foule des aérostats de place et desaéronefs-omnibus serrés les uns contre les autres, enchevêtrés à ne pou-voir virer de bord sans accrocs et obligés de marcher en une seule massecompacte.

A mesure que l’on approchait du champ de courses, l’aspect du cieldevenait plus fantastique. De tous côtés d’innombrables véhicules arri-vaient, labourant les nuages, chargés de bourgeois joyeux en grandetenue. Les aérofiacres avaient leur complet chargement et les omnibusbondés à outrance portaient plus que le poids maximum fixé par les règle-ments; l’individu le plus svelte n’aurait pu s’y insinuer et sur la dunettedes bandes de jeunes gens s’accrochaient aux cordages.

L’antique carnaval n’existe plus depuis longtemps, il a rendu le der-nier soupir dans les funèbres bals masqués de la fin du siècle dernier;mais la vieille gaieté française n’a pas tout à fait perdu ses droits et peu àpeu elle tend à remplacer le défunt mardi gras par le grand prix de Paris.Ce jour-là tout est joie, on a liberté pleine et entière; de véhicule à véhi-cule on s’interpelle gaiement, on se lance des bordées de dragées et d’orangesqui ne coûtent rien à personne, car les compagnies de publicité se char-gent de fournir les projectiles préalablement bourrés de réclames etd’annonces.

Les ballons-annonces sont aussi un grand élément de gaieté. Une belleémulation porte les commerçants à chercher des formes de ballons ingé-nieuses et bizarres, pour fixer dans les mémoires les noms de leurs maisonsou de leurs produits. Cela remplace le carnaval industriel du Longchanrpsde jadis.

En approchant de Meulan , le champ de courses se signalait par sestribunes élevées sur des échafaudages d’une prodigieuse hauteur. Tout lebeau monde se faisait débarquer au sommet de ces tribunes et se répandaitsur les plates-formes pour montrer ses toilettes et admirer de plus près lesvéhicules de course ancrés à la remise du départ. La grande tribune cen-trale réservée aù monde officiel était pleine de députés et de ministresaccompagnés de leurs familles. Sur la gauche se dressait la tribune deraéronautic-club, occupée par les notabilités du sport et par les juges des

courses.