LE TABAC
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souffrances. On fume de plus en plus, on recherchede plus en plus ce demi-sommeil pendant lequell’intelligence abdique, la pensée s’égare; bientôtl’attention devient impossible, la mémoire se perd.
Le fumeur ne goûte plus rien sans l’assaisonne-ment obligé de cette enivrante fumée ; il ne digèreplus sans fumer, il ne travaille plus sans fumer, ilne s’endort plus sans fumer, il ne se tient pluséveillé sans fumer; il cherchait un passe-temps, il atrouvé un maître qui ne lui laissera plus de répit.
Le tabac n’est plus alors une habitude, une pas-sion, c’est un besoin, un véritable esclavage.
Ce besoin factice devient tellement impérieuxqu’il usurpe la place des besoins les plus réels.
Une voiture cellulaire déposait un jour dans uneprison de Lyon une vingtaine de criminels quel’on dirigeait vers Toulon . Ces malheureux, exté-nués de faim, de soif et de fatigue, ayant les jam-bes engorgées par la constriction de leurs chaînes,ne demandaient d’abord ni pain, ni vin, ni repos,mais ils supplièrent instamment le médecin qui lesvisitait de leur faire donner.du tabac.
« Entre le pain et le tabac, a dit Balzac, le fu-meur n’hésite pas. »
On a vu des mineurs ensevelis depuis plusieursjours sous des décombres réclamer d’abord cedont la privation leur était le plus pénible, le tabac.
On sait que les fumeurs privés de tabac fumentau besoin des feuilles quelconques. Ne voit-on pastous les jours les collégiens fumer du papier roulé,des feuilles des arbres de la cour de récréation ?