MINISTÈRE BltlENNE ET LAMOIGNON.
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( 1788 )
place Dauphine. Il tenait d’une main un chaudron en cuivre, et de I'aulreun marteau d’orfèvre, et il s’écriait en frappant sur le chaudron : « Mesamis, à moi ! Charivari ! charivari !» A sa voix, un rassemblement se forma.Brienne fut représenté par un mannequin, revêtu d’une robe épiscopale,dont trois cinquièmes de salin, et deux cinquièmes de papier : en dérisiond’un arrêt rendu par lui le 16 août, et qui autorisait les différentes caissesde banque à payer en papier les deux cinquièmes de leurs dettes. On pro-mena l’ex-ministre, on le jugea en place Dauphine, il fut condamné au feu.El, pour rendre l’ironie plus amère, on arrôla un abbé qui passait, on lebaptisa du nom de Vermont , de sorle que le protecteur pût confesser etabsoudre son protégé. L’abbé déclina spirituellement la tâche en disant :« Mais, messieurs, considérez, je vous prie, que si j'entreprends de leconfesser, il aura tant à me dire que vous ne pourrez jamais le brillerce soir. »
Brienne fut donc brûlé sans confession. — Il y eut illumination même,pendant un instant, sur la plate-forme de la Bastille, monument public, etles jeunes gens cassèrent, à la manière anglaise, les vitres de ceux qui nevoulaient point allumer de lampions.
Le jour suivant, le peuple veut recommencer; mais le lieutenant depolice n’est plus, lui, dans les mêmes dispositions. Dubois, commandant duguet à pied et à cheval, charge sur les trottoirs des différents quais. Lesjeunes gens repoussés se ménagent une vengeance : — ils nourrissaientcontre le guet une haine traditionnelle. Après avoir surpris le poste duPont-Neuf, ils en désarment et dépouillent les factionnaires, brûlent leurcorps-de-garde, leurs habits et, courant, riant, chantant, vont ensuitepar la ville incendier d'autres postes isolés; de là ils attaquent la maisondu commandant qui riposte ferme et s’enfuit *. — Ah ! s’écrient-ils en jouantsur les mots, il nous faut du bois, c’est du bois qu’il nous faut pour brûlerceux qui trahissent notre bon roi * !
Ici commencent, à vrai dire, l’émeute et la guerre des rues.
Quant à M. de-Lamoignon, son procès fut plus étrange encore. Vers mi-nuit, sur la place de Grève, de sanglante mémoire, se promena une espècede géant pour le moins haut de six pieds. Il portait un jeune garçon àcalifourchon, lequel petit déployant un grand placard, lut à haute et intel-ligible voix : u Arrêt de la cour du public, qui condamne le sieur Lamoignonà faire amende honorable, à avoir les poings coupés et à être traîné dans leruisseau **. » Ce tribunal improvisé accorda un sursis de quarante jours aucoupable, par allusion à une ordonnance qu'il avait rendue sur la jurispru-
* Sa place finit avec lui ;le premier commandant du guet fut M. de la Reynie.
** Mémoires de Condorcet.