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ASSEMBLÉE NATIONALE
(juin 1"8U;
en face du mailre-autel et derrière le lutrin. Bientôt on vint leur dire qu’ilfallait enlever les banquettes afin de laisser libre passage à la procession.Ce pauvre tiers eût été contraint à se tenir debout ! mais Bailly, son pré-sident, « trouva la chose indécente et signifia qu’il ne la souffrirait pas * ** . »11 gagna la partie et en fut puni peu de jours après, car il ne put obtenir,comme les présidents des autres ordres, le libre accès auprès du roi qui,notons-le bien, refusa de recevoir la députation du tiers-élat à la mort duDauphin.
Nous n'avons pas aggloméré ces faits uniquement pour les produire àcharge contre la cour ou contre les courtisans. Ce rôle est indigne de l’his-torien qui doit faire acception des temps et des lieux, avant de prononcer unjugement sur les personnages. La noblesse et le clergé ne pouvaient soudai-nement abdiquer leur morgue, leur orgueil, comme on jette un manteaucouvert de taches. Seulement, plus de ménagement envers le tiers eûtservi leurs propres intérêts, d'autant plus que la puissance du peuple aug-mentait de jour en jour. Il y avait d’ailleurs, il faut en convenir, dans toutesces mystifications gratuites, de quoi aigrir son esprit : — C’étaient despiqfires d'épingles auxquelles il devait riposter plus lard par des coups depique.
Cependant le tiers se lassa de ces humiliations, et craignit de faillir aumandat que les électeurs lui avaient confié. Le 17 juin, il se déclara lui-méme assemblée nationale, sur la motion de l’abbé Sieyes, son héros. Letiers commençait déjà à être quelque chose.
Dans cette séance le mot décréter est employé pour la première fois"*.Mirabeau entre dans sa carrière d’orateur par un magnifique discours; ilveut qu’on appelle les communes Assemblée des représentants du peuple fran-çais . — Du peuple, dont le nom est couvert de la rouille des préjugés. Et ilrappelle que les amis de la liberté étaient les remontrants en Amérique , lespâtres en Suisse , les gueux dans les Pays-Bas. Début éclatant, et conformeau surnom d'ouragan qui lui avait été donné par sa famille. Ne perdons pasde vue ce géant qui domine toute l’assemblée nationa'e où son influencen’eut, pour ainsi dire, pas de bornes.
Les députés instituèrent un comité des subsistances chargé de veiller auxapprovisionnements de Paris . Le soir même, vers cinq heures, il se lit ungrand mouvement aux alentours de l’assemblée ; la foule s’y porta. Plusieursmembres de l’ordre du clergé se réunissaient aux communes et donnaientainsi l'exemple de l’union qui n’avait jamais été plus nécessaire. Le peuple,rassemblé dans la cour, prodigua aux ecclésiastiques sortants les huées oules bravos, selon qu’ils coopéraient ou non à l’œuvre de réunion.
* Mémoires de Bailly.
** Essai sur la révolution, Beaulieu.