LE JBt DE PALME.
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(juin 1789)
Ainsi, l’assemblée nationale se trouvait en nombre imposanl, et le len-demain elle se rendit à neuf heures du matin dans le lieu ordinaire de sesséances. Des gardes françaises en défendaient l'entrée. Quelques hérautsd’armes, — revêtus de leurs cottes de velours violet cramoisi et armoriées,de leurs toques noires et de leurs caducées, — proclamaient à son detrompe, par toute la ville de Versailles , une séance royale pour le 22, et lasuspension des séances ordinaires jusqu'à nouvel ordre. Les députés mur-murèrent; les jeunes, ardents qu’ils étaient, voulaient entrer de vive forcedans la salle; d'autres, plus observateurs des formes, demandaient qu’onallât à Marly, tenir séance sous les fenêtres du château royal ; d’autres, plusenthousiastes, qu’on transformât la place d'armes en Champ-de-Mars ; leplus grand nombre indiquait le Jeu de Paume par l’organe du docteur Guil-lotin. Et ce lieu privilégié des passe-temps de Louis XVI fut témoin d'unserment solennel par lequel l’Assemblée déclara qu’elle ne se séparerait pasavant d'avoir établi une Constitution.
Le jour suivant était un dimanche, et comme on observait encore fidèle-ment les dimanches et fêtes, il n’y eut point de séance. D'ailleurs le tiers-état voulait une réunion royale ou non royale. Mais un ordre, daté deMarly, que LouisXVI habitait depuis la mort du Dauphin, avait remis laséance solennelle au 23; d’autre part, le comte d’Artois avait fait retenirpour son compte la salle du Jeu de Paume. Il fallut que l’assemblée cherchâtun autre local. L'église des Récollels étant trop petite, Saint-Louis servit derefuge aux députés qui allaient quérir un gîte ainsi que des mendiants.Là, sous ces voûtes saintes, on répéta les mots famille et fraternité, et l’onrésolut de continuer les délibérations, après la séance royale, malgré touteespèce de décisions contraires de la part du gouvernement.
Or, cette séance fut nulle ; elle ressemblait à celle qui avait inauguré lesÉtals-Généraux . Le tiers-état tint parole. Lorsqu’il lui fut enjoint de quitterla salle, il résista, on sait comment. De ce jour, les communes l’emportèrent.De minorité qu’elles étaient d’abord, elles devinrent peu à peu majorité,qui imposa sa volonté aux nobles ou aux ecclésiastiques réunis à elles.Le tiers-état formait l’Assemblée nationale.
Elle eut lieu enfin cette mixtion complète des trois ordres, si désirée,et trop longtemps attendue! Mieux valait tard que jamais *. Et ce n'étaitencore qu’une pacification apparente, sur laquelle les hommes sensés nepouvaient se faire illusion. Quant au peuple, un sentiment double s’emparaaussitôt de lui ; haine mêlée d’orgueil. Ses danses en rond, ses feux de joie,ses illuminations pour un événement aussi important, ne rendaient sa penséequ’à demi. Il se procurait les petites jouissances du triomphe, il inventaitla dénomination d'aristocrate, et disait déjà d’un homme « qu’il avait les
* 'ÏYite d’une estampe.