2ti OPINION PIIILIOIK ljuill 17811;
formes aristocratiques’ : » ce qui équivalait, selon lui, à la plus grossièreinjure.
Chacun des principaux aristocrates reçut môme un nom burlesque. Lecomte d'Artois, dont la tôle avait été mise à prix, fut surnommé aristocratie;le maréchal de Broglie, ministre de la guerre, aristocroc; l’archevêque deParis , aristocrossé ; un autre, aristocruche. Les comédiens du Théâtre-Fran-çais parodièrent la chose; ils appelèrent Facteur Molé aristopie, et LaRochelle , qui toussait toujours, aristocrache.
Une seule phrase suffira pour nous éclairer sur les véritables dispositionsde la noblesse. Quarante-sept députés nobles venaient de se réunir à l'As-semblée nationale. A cette nouvelle, un homme de cour s’écria : « je lesplains! voilà quarante-sept familles déshonorées, et auxquelles personnene voudra s'allier. »
Y a-t-il bonne foi possible avec de pareils sentiments dans le cœur degens qui se serrent la main ?
l.a noblesse et le clergé étaient solidaires aux yeux du peuple. Un pla-card, Lettre des Parisiens , afliché en tous lieux, appela sur eux la réproba-tion générale. La vertu du duc d'Orléans leur était opposée en exemple.
En ce moment de folle ivresse, l’allégorie devint à la mode pour lamanifester Dans toutes les gravures, un triangle figura les trois ordres : (rinitépolitique. La Concorde les rassembla autour du Monarque. Les trois ordresréunis, cela faisait trois tôles dans un môme bonnet, — dans le bonnet dutiers, remarquons-le bien. Il fut prouvé, par les mathématiques, que,IV— XII = XVI ; Louis XVI, par conséquent, valait, à lui seul, Hen-ri IV et Louis XII . Le valu général était accompli ; les trois ordres s’embras-saient en disant : « Via comme j’avions désiré que ça fût. » On voit descadrans de montre avec l’épée, la crosse et le rateau.
Mais bientôt, le tiers-état fit sentir qu’il avait la prépondérance, conformé-ment aux prédictions du chansonnier. Les rôles étaient changés. Ce n’étaitplus la fermière, ni le prolétaire qui portaient le fardeau, c’étaient mainteliant l’abbé et la religieuse, disant :
« J'savais ben qu’j’aurions not’tour. »
A l’heure qu'il est, un barbier rase l’autre, comme on a coutume de dire,et comme le rappelle une caricature. L’homme qui représente le tiers-étatest parfaitement bien assis dans un fauteuil ; un noble le rase, et un abbéremplit le rôle de garçon perruquier. A l’heure qu’il est, et répétons-le,puisque les rôles sont changés, ce n’est plus le prolétaire qui, complaisam-
* Almanach de la Uévolulion à l'année 1780 .