DOl'LKCRS ROYALES.
(octobre 1789)
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garde nationale, et le départ pour Paris s'effectua sans trop de tumulte. Leroi assura qu’il ferait de Paris sa demeure habituelle, ce qui était accomplirle vœu unanime. Les bandes qui précédaient le cortège royal, et qui por-taient en triomphe — fait controversé — les têtes des deux gardes du corps,répétaient incessamment : Nous ramenons le boulanger, la boulangère, et lepetit mitron. D'après l’opinion générale, la disette tenait à l'absence du roiloin de la capitale, et l'abondance allait renaître à son approche.
Ce ne fut pas sans des regrets pénibles que Marie-Antoinette quitta lasuperbe résidence de Versailles, et surtout le Petit Trianon , son jardinfavori, avec ses pelouses, ses rivières factices, ses collines artificielles, etson joli hameau ! Elle allait se trouver face à lace avec ceux que la courqualifiait û’Enragés du Palais-Royal . Il fallait donc abandonner la laiterieet le presbytère! Renoncer à ces fêles continuelles qui avaient transforméTrianon en un séjour féerique et délicieux ! Là, elle pouvait oublier si viteles péripéties passagères de la politique! De Versailles , elle n’entendait pasles bruits confus du peuple parisien, ni même les décharges du mousquetet de l’artillerie ! Mais elle ne voulait pas y rester seule; elle se rappelaittrop les craintes qu’elle avait éprouvées, lors du voyage de son royal épouxà Paris , en juillet. D'ailleurs, la matinée du C avait assombri sa vie. C’étaitun funeste pressentiment de plus à ajouter à ceux qui, depuis longtemps,la poursuivaient.
Celte reine, qui entrait dans la moitié malheureuse de sa vie, eut pour-tant assez de force de caractère pour renfermer son chagrin au fond de sondme. Les monarchiens, eux, entreprirent de la venger : ils avaient gardérancune. Sur les tables de leurs salons, à côté du Mercure de France, desManuels de Toilette, des dessins de Watteau neveu, et des belles gravuresd’Audoin, ils plaçaient en évidence cette petite estampe, fort bien exécutée,et qui, disaient-ils, représentait les portraits en pied des héros d’octobre.
Quoi qu’il en soit, la famille royale revint, par une pluie battante, ha-biter le château des Tuileries, triste demeure délaissée depuis Louis XIV .
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