HÉSlil.TATS UES 5 ET G.
(octobre 178D)
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Un domestique peu nombreux l’occupait, avec Legrand el Molinos, direc-teurs d’une troupe italienne protégée par Monsieur *. Rien n'était préparépour recevoir le roi : on dressa des lits de sangle et on passa line mau-vaise nuit **. Le lendemain, dès le malin, la foule encombra les Tuileries endemandant à voir Louis XVI . Tantôt elle poussait des cris d'enthousiasme;tantôt elle effrayait par ce murmure incessant qui l’accompagne. A cepoint que le roi ne pouvait se promener librement dans le jardin, exceptéà certaines heures de la journée : alors les factionnaires disaient que le roiétait lâché.
Une médaille fut frappée et rappela la phrase historique que Louis XVI avait prononcée à Versailles, et son installation aux Tuileries . Le comted’Artois élait hors de France; le comte de Provence avait choisi pour de-meure le palais du Luxembourg .
Quant aux gardes-du-corps, pâles et défaits ils traversaient Paris , con-duits fraternellement par des bourgeois et par des gardes nationaux, quicherchaient à les consoler, à leur faire oublier les mauvais jours. Mais lamajorité des citoyens ne leur avait pas encore pardonné leurs récentes dé-monstrations dans l’Orangerie et dans le Manège de Versailles .
Comme on s’y altendait, l'abondance reparut avec Louis XVI dans la ca-pitale, mais le désordre continua : plusieurs maisons, — nous ignorons lacause de cette distinction , — furent marquées d’un signe ou d’une croix.Le peuple se prodigua de l'encens à lui-même sur sa victoire des 5 et 0 oc-tobre; mille gravures retracèrent les hauts faits de l’armée parisienne .Les femmes étaient à cheval; les femmes traînaient des canons; elles por-taient des couronnes et des branches de lauriers. Ce fut toute une Odysséeféminine, depuis le départ jusqu’au retour, depuis l’attaque jusqu'autriomphe. Cependant, en remontant des classes inférieures aux classesélevées, l'épopée se changea en satire. La commune et les Orléanistes d’unepart, de l’autre les Aristocrates, se livrèrent combat à coups de plume. Nousallons suivre les diverses escarmouches auxquelles il donna lieu.
Le lecteur a vu quel avait été le rôle du duc d’Aiguillon dont on disait :
En homme c’est un lâche, en femme un assassin.
Le duc d'Orléans et son ami Adrien Duport partagèrent tant soit peu lesort de l'homme-poissarde. Le premier, qui avait trempé, disait-on, dans le
* A l'arrivée du roi, ils fireni conslruirent une salle, rue Feydeau, n° 19. Ce fut plus tard lethéâtre de Monsieur, ou théâtre Feydeau.
** Le Château des Tuileries , brochure, par Roussel, homme de loi.