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Tome premier.
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MORT DE MIRAÜEAU.

(avril 1791)

rible. La discussion sur le droit de régence, qui occupa pendant quatre joursl’Assemblée nationale, acheva de l’épuiser. Enfin, le 28, il parla cinq foispour un projet sur les mines qu’il parvint à faire adopter. Il fut vaincu parla maladie, se mit au lit le lendemain, et se trouva inopinément dans unétat de santé désespéré. Le travail et la débauche s’étaient réunis pour letuer. Le peuple, en apprenant la maladie du grand orateur, revint à luimalgré ses dernières équipées. Il courait à sa porte, et demandait, d'heureen heure, les bulletins de sa santé.

Cet intérêt populaire alla, chez quelques individus, jusqu’au fanatisme.Un inconnu proposa à Cabanis , médecin de Mirabeau, de transfuser sonsang dans le corps du malade , et lui envoya cette lettre vraiment remar-quable :

« Monsieur,

a J’ai lu dans les papiers publics que la transfusion du sang avait étéexécutée avec succès en Angleterre, dans les maladies graves; si, poursauver M. de Mirabeau, les médecins la jugeaient utile, j’offre une partiede mon sang, et je l’offre de grand cœur : l’un et l’autre sont purs. »

Signé . Mornais ou Marnais,rue Neuve* •• St-Eustache t 62.

L’Ouragan cessa*, — Mirabeau expira dans les bras de Cabanis. Alors,Paris se livra à un deuil général : les magasins, les ateliers, les manufactu-res, les théâtres, furent aussitôt fermés ; on tendit les maisons particuliè-res de draps funèbres *\ L’Assemblée nationale, les sections et les clubs,annoncèrent qu’ils assisteraient à son convoi. La plupart des citoyens por-tèrent son deuil; les députés, pendant huit jours fixes. Les uns se rappe-laient son glorieux passé; les autres se désespéraient en voyant s’évanouirainsi toutes les promesses qu’il leur avait faites pour l’avenir ; tous nour-rissaient cette pensée, qu’avec Mirabeau allait mourir la Constitution. « Enle perdant, — selon les belles paroles de Boissy d’Anglas, — la révolutionperdait sa providence.» Le peuple effaça le nom de la Chaussée-d’Antin qu’ilhabitait, et y substitua cet écriteau en fer blanc: rue Mirabeau-le-Patriole-Il n’est plus! répétait-on en tous lieux. Un homme de lettres, entrant chezun restaurateur, répondit au garçon qui lui vantait la beauté du temps :« Oui, mon ami, il fait bien beau, mais Mirabeau est mort. » Flins, auteur deYEpiménide , lut son éloge en vers au théâtre, et Olympe de Gouges impro*visa, en quatre heures, une pièce intitulée : Mirabeau aux Champs-Elysées représentée sur la scène italienne.

* On se rappelle que c'était là un des surnoms donnés à Mirabeau par sa famille.

•• Mémoires d’un prêtre régicide.

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