JOURNEE DU 20.
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(juin 1791)
ce véritable droit divin des rois, Louis XVI , mécontent, timoré, chagrin,irrésolu surtout, proteste secrètement contre la sanction qu’il a accordée àplusieurs décrets.'
Il donne pour motif qu’il a agi n’ayant pas sa liberté.
N'est-ce pas ici la contre-révolution? N'est-ce pas tout au moins unepreuve que Louis XVI s’était fait violence depuis longtemps? Ne sommes-nous pas redevables à la constitution civile du clergé de celte protestationnon équivoque par laquelle le pouvoir exécutif s’isole du pouvoir délibé-rant? Cet acte secret va bientôt avoir un résultat public et même tout-â-fait scandaleux.
La conséquence du 10 juin fut le départ du roi et de sa famille, tentativeavortée qui acheva de perdre la monarchie. Le 20, Louis XVI s'enfuit, ab-solument comme un prisonnier qui est parvenu à tourner les verroux deson cachot. Il sortit des Tuileries pendant la nuit, le cœur en proie à descraintes sérieuses, et prenant mille et mille précautions. Il changea deuxfois de voiture. La même nuit, Monsieur et Madame abandonnèrent le Lu-xembourg et suivirent Louis XVI ; mais les nobles émigrés se séparèrentpour effectuer leur voyage, et se rendirent dans les Pays-Bas par des routesdifférentes. La fuite de ces derniers était bien mieux calculée que celle duroi : dix jours leur suffirent pour rejoindre le comte d’Artois qui les atten-dait à Bruxelles. Aussitôt après avoir su la nouvelle du départ de Louis XVI ,les ambassadeurs étrangers arborèrent, à Paris même, la cocarde blanche ;le pape fit chanter un Te Deum à Saint-Pierre; à Naples et à Rome, il yeut des fêtes publiques *.
C’était se réjouir trop tôt d'une entreprise dont le succès dépendait en-core d’une foule de chances plus ou moins heureuses. A six heures du ma-tin, Lafayette eut connaissance de ce triste événement et en avertit immé-diatement l’Assemblée nationale et la municipalité. L'Assemblée chargeaM. ltomœuf, aide-de-camp du général, de courir après les fugitifs. A huitheures environ, tout Paris savait la chose, et accusait de trahison les deuxamis, Bailly et Lafayette. Du reste, le peuple était calme, d'abord indiffé-rent, comme étourdi. Puis, il se réveilla,et se porta en foule à l’Hôlel-de-Ville, aux Tuileries , dans la cour du manège, pour exhaler son méconten-tement**.
N'était-ce pas une chose effrayante, en vérité , que de jeter un regardsur les groupes formés dans toutes les rues? Ici, des plaintes; là des mur-mures ; plus.loin, des menaces; partout l’inquiétude qu’apportaient aveceux les premiers symptômes de l’anarchie. Et puis le peuple renia ce chef
' Histoire de la révolution, par deux amis de la liberté, tome vt."* Voyez les Mémoires du marquis de Ferrières.