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Tome premier.
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IIONNEl'RS RENDIS A VOLTAIRE.

(juillet 1791)

barrières de Paris . A son arrivée, elle demeura silencieuse et immobile,suivant cet avis qui avait été affiché partout : quiconque applaudira le roisera battu ; quiconque l'insultera sera pendu. C’élait le soir; sept heures ve-naient de sonner. Le trajet eut lieu sans encombre jusqu'à la grille des Tui-leries . Mais là, le peuple crut reconnaître MM. Lalour-du-Pin et de Guiclie,gardes-dû corps, complices du roi en sa fuite. Il se fit un grand bruit demurmures et de clameurs contre eux : au reste, tout se passa seulementen paroles. Bientôt la foule entoura la voiture de la famille royale; lareine eut peur, et fut forcée de se confier aux soins de MM. de Noailles etd'Aiguillon, deux enragés du Palais-Royal . Une minute après, tous étaientdans les appariements.

De fait, on accusait généralement Marie-Antoinette .

Ainsi se comporta le peuple au retour de Varenncs. Il ne respectait plusLouis XVI , il en avait comme pitié. L’Assemblée nationale craignit le ré-sultat inévitable de ce voyage malheureux. Les députés étaient disposés àne faire peser aucune accusation sur la tête du roi ; ils insinuèrent et répé-tèrent, presque à l’unisson, — que Louis XVI avait été enlevé, — que lemarquis de Bouillé était seul coupable : et ils suspendirent ce dernier deses fonctions, en lui enjoignant de comparaître devant la haute-cour natio-nale d’Orléans .

Les jacobins, eux, étaient prêts, dans les circonstances présentes, à exé-cuter les plus grandes manœuvres politiques. Les Lameth et Barnave of-frirent leurs oeuvres de service à la cour. Une nouvelle tempête menaçait-

La fête delà fédération présenta peu d'éclat : les esprits étaient tournésailleurs. Mais, songez à ce raprochement ! On venait de mettre à la royautésa couronne d'épines, et on allait décerner son apothéose à la philosophie.La translation des cendres de Voltaire au Panthéon était décrétée. Rous-seau lui-même en paraissait digne aussi. — Ce sont bien Voltaire et Rous-seau qui sont devenus les rois de la multitude!

L’apothéose du vieillard de Ferney est à peu près le seul fait curieux quinous soit offert pendant le mois de juillet.

Malgré tout, les honneurs rendus à Voltaire ne le furent pas unanime-ment. Cet homme, qui eut tant d’amis et tant d’ennemis par-delà le tombeau,les vit surgir les uns et les autres devant son spectre ranimé. Certaines gensl'appelaient par dérision saint Voltaire, et riaient de la prochaine fête dela Carcasse. Les jansénistes avaient, par une pétition affichée, protesté con-tre l’apothéose de l’impie*. Le mauvais temps la fit proroger du 2 au It.Le procureur-syndic du département, désolé de ce fâcheux embarras, té-moigna a l’Assemblée nationale de son dépit « contre la basse jalousie du ciel

• Journal de la cour et de la ville.