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AVENEMENT DES PIQUES.
(Mars 1792.)
Ce'bets *, dans le Midi , se soulevaient, dirigés par Froment et Descombiers ,fameux conspirateurs, dont les services contre-révolutionnaires dataient deprès de deux années. Le 21, la ville de Provins fut en émoi : le peuple cou-rait sus un habitant, accusé d’accaparement. Le 25,des incendiaires désolaientles environs de Metz. Le 26, la ville d’Auch se révoltait ; le 30, c’était le tourde Versailles . **
Le plus souvent, les soulèvements avaient lieu contre des prêtres inser-mentés , et parfois il était bien difficile de leur assigner une cause certaine, àplus forte raison une cause juste et véritable.
A Paris , qui vaut bien une mention particulière, la série des émeutes com-mença le lundi 23, à propos du sucre, qui valait deux livres deux sous ledemi-kilogramme. On pilla les épiciers. Ce mouvement se prolongea jusqu’aumilieu du mois de février, accompagné de symptômes tellement alarmants,(pie les étrangers furent accusés de l’avoir fomenté. Les Jacobins déclarèrentaussitôt que ses membres s'abstiendraient de sucre tant qu’il coûterait sicher. Il circula une grande quantité de faux assignats de 500 livres. Pourcomble de désordre, on faisait courir des bruits étranges sur Pétion ; aussiles proclamations de la municipalité n'étaient-ellespas le moins du monde ob-servées.
Avec les mois de février et de mars apparurent la guerre et la séquestrationdes biens des émigrés que plusieurs pétitions avaient demandée. Les précau-tions contre les hommes de l’étranger, et contre les ambitieux, devinrent deplus en plus nécessaires : nul ne put désormais voyager sans passe-port;chaque chef de légion reçut, pour deux mois seulement et tour à tour, lecommandement de la garde nationale parisienne. D’autre part, le roi se fiaitsi peu sur la fidélité des soldats-citoyens, qu’il se fit choisir par l’assembléeune garde particulière, appelée garde constitutionnelle ***; par compensation,peut-être pour protéger l’assemblée législative, on mit à ses portes une garded’honneur d’artillerie. Tout le monde, hommes et femmes, demanda la per-mission de faire Yeœercice des piques au Champ de la fédération. « Des piques !des piques et les flammes nationales, voilà nos moyens, » s’écriait Corsas.Alors, ce fut à qui parlerait le plus de cette nouvelle espèce d'armes; on af-fectait de promener en triomphe, chaque jour, sur la terrasse des Feuil-lants , une pique-modèle. Un arrêté de la municipalité prit des mesures àl’égard de la fabrication des piques. Le plus fameux de ceux qui les vendait
* Nous ne savons pourquoi ces perturbateurs étaient ainsi appelés; sans doute, iis portaient là un de cessurnoms méridionaux dont l’origine est presque toujours inconnue.
•• Le peuple avait une horreur invincible pour tout ce qui ressemblait au privilège; Louis ne conservaque deux mois au plus sa garde constitutionnelle.
Gazette universelle, journal modéré ou feuillant.