Avril 1792.)
DUSeulI'TION.
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étaient escortas de musiciens, de tambours, de jeunes soldats et d'invalidessans armes. D’autres promenaient les instruments et les armes qui avaientservi pour la prise de la Bastille, ayant au milieu d’eux des vainqueurs portantun petit modèle de Bastille, —de la fabrique de I’alloy, — et le drapeau decette forteresse. Suivaient les bustes de Voltaire , Rousseau, Francklin etSidnev, et des drapeaux anglais, américains et français , réunis par des rubanstricolores ; puis, le livre de la Constitution, gardé par les pères, les mères, lesépouses, les jeunes gens et les gardes nationaux. On voyait, à la suite, ungroupe de députés, d’officiers municipaux, de juges, etc.; des victimes desdeux sexes, promenant le modèle d’une galère, des rames enlacées de fleurset de rubans, des fragments de chaînes des soldats de Chàteauvieux, sus-pendus à quarante trophées surmontés de couronnes civiques.
Au milieu de ce dernier groupe, s’avancaient deux sarcophages, de formeantique, et liés entre eux par un rouleau portant cette légende : Les tyrans■'ont seuls coupables. Sur l’un, on lisait les noms des soldats de Chàteauvieuxtués pendant l'affaire; sur l’autre, ceux des gardes nationaux morts victimesde leur obéissance à la loi. Enfin, la marche était fermée par un immensechar, haut de vingt-quatre pieds, long de vingt-sept, exécuté d’après les des-sins de David. 11 se terminait en proue, s’abaissant par degrés sur le devant.Les ordonnateurs de la fêle avaient placé dessus la statue de la Liberté , assisesur une chaise antique , tenant de la main gauche une massue , de la droitemontrant au peuple le bonnet de la liberté. Sous ses pieds gisait un jougbrisé; devant elle, un autel couvert de parfums; à l’autre extrémité du char,la Renommée portée sur un globe. Les bas-reliefs, représentaient Brutus im-molant ses fils à la liberté, Guillaume Tell enlevant la pomme, ainsi que lesfigures symboliques du despotisme, de l’aristocratie, de la féodalité, du fana-tisme et des préjugés vaincus, et celles de la raison et de la philosophie triom-phantes.
Quarante soldats de Chàteauvieux entouraient le char; ils portaient l’uniforme de leur régiment, et avaient à leur tête leur défenseur Collot-d’IIerboiset les deux députés de la ville de Brest. Un homme suivait, dont le costumeétait parfaitement ridicule, et qui, monté sur un àne, représentait l’ignoranceet la sottise. Enfin, un détachement de garde nationale et de gendarmerie àcheval terminait le cortège, qui défila avec un ordre incroyable, le long desboulevards, fit une première station à l'Opéra où l’on exécuta un chœur à laliberté', et la ronde nationale; une seconde à la mairie; une troisième à laplace Louis XV : la statue équestre de ce prince était coiffée d’un bonnetrouge; elle tenait à la main, en guise de sceptre, un drapeau tricolore, et lesoreilles de son cheval étaient cachées sous des cocardes. La quatrième et der-nière station fut au Champ de la Fédération. Une foule immense attendait, etquelques curieux dansaient des rondes sur l’autel de la patrie, où l’on avaitplacé les tables de la déclaration des droits de l'homme, et où l’encens brûlait