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APRÈS LE 10 AOL'T.
(Août 1702.
grades qu’ils soient, et général d’armée, qui, dans ces jours d'alarmes, aban-donnera son poste, est déclaré infâme et traître à la patrie.
Sans désemparer, l’assemblée nomma le conseil exécutif, c’est à-dire leministère,et le composa de Roland, à l’intérieur; de Clavières, aux finances;de Servan, à la guerre ; de Danton , à la justice ; de Monge,à la marine, et deLebrun, aux affaires étrangères.
L’assemblée législative a parlé, dans son décret citéplus haut, de jours d’a-larmes. Nous disons, nous, jours d’anarchie. Aucune puissance directrice n’estétablie. La France n’est plus sous le régime monarchique, et elle n'a pas en-core proclamé la république. Dans cette crise, dans ce moment de transition,lesjacobins et les girondins se disputent la souveraineté. Mais déjà il se passeà l’assemblée ce qui a eu lieu à la municipalité. Les premiers l’emportent surleurs compétiteurs, en influence,sinon en autorité. Lesgirondins ont la ma-jorité dans le ministère; mais il ne faut pas oublier qu’à l’assemblée législa-tive va succéder une convention nationale, quela direction des affaires va êtreconfiée à des hommes nouveaux, et que les jacobins, qui ont fait le 10 août,surveilleront plus que jamais les élections des députés à la troisième législa-ture. C’est cette lutte entre les deux partis vainqueurs qui amènera plus tardcertains faits énergiques, violents, sanguinaires, tels que le massacre desprisons en septembre. En attendant, parcourons les rues de Paris , pour savoircomment les hommes du 10 août usent de la victoire.
Le 10, et jours suivants, les boutiques restèrent fermées, ainsi que les bar-rières. Une foule compacte encombrait les rues et les places, et s’entretenaitdu combat achevé le 10, à midi. Au Carrousel, le peuple brûlait les cadavresavec les débris des devantures de boutique, brisées ou incendiées par les dé-charges de mousqueterie. On était venu de tous les points de la capitale, con-templer le champ de bataille , voir les morts, examiner dans quel état de des-truction se trouvaient les abords des Tuileries . Une faible partie seulementdu peuple avait voulu et avait engagé le combat; il acceptait tout entier le bé-néfice de la victoire.
Ce jour terrible était un vendredi. La classe ouvrière ne devaitpas rentrerdans les ateliers avant le lundi ou le mardi de la semaine suivante. Les théâ-tres ne jouaient pas. Aussi le peuple se livra-t-il pendant plusieurs jours àl'excès de sajoie.
L’assemblée avait fait placarder à la hâte cette affiche dans tout Paris :« Le roi est suspendu , sa famille et lui restent en otages. » Elle décida que lesbustes de Louis XVI , Bailly, Necker et Lafayette seraient ôtés de la maisoncommune. Le peuplé les mutila aux applaudissements universels des specta-teurs. Bientôt, le 12, il renversa les statues des rois élevées sur les places pu-bliques. La statue équestre de Louis XIV, à la place Vendôme , s’étant briséedans sa chute, on lut sous le sabot de l’un des pieds de derrière du cheval, ladate suivante : 12 août 1C92.